mercredi 28 novembre 2007

[Avis] Miss Me - Stella Cadente



Notes de tête : baume tolu, fleur d'oranger
Notes de cœur : baume du Pérou, pivoine
Notes de fond : benjoin Siam, fleur d'arbre à soie


Lorsqu'elle a décidé de lancer son premier parfum, Stanislassia Klein, fondatrice de la maison Stella Cadente ("étoile filante" en italien), ne s'y est pas prise à la légère: elle a fait appel à Annick Menardo, qui a à son palmarès - excusez du peu - Hypnotic Poison, Lolita Lempicka, Bvlgari Black ou encore le récent Bois d'Arménie de Guerlain. La conception a pris plusieurs années, pour retranscrire au mieux l'univers de la créatrice.

Le résultat?
Il est assurément à la hauteur.

La composition officielle de la fragrance, baptisée Miss Me, présente bien l'habituelle répartition notes de tête-coeur-fond, mais elle est en réalité tout à fait linéaire: dès la première vaporisation, Miss Me déploie ses puissantes notes de baumes comme de grandes ailes protectrices... pour ne plus bouger de toute la journée.

A bien l'analyser, c'est effectivement un parfum oriental-fleuri, mais l'impression que donne Miss Me est avant tout "cosmétique": profondément baumé-poudré, il rappelle le talc, la poudre de riz, la crème de jour (Kenzoki ne le renierait pas!). Et l'effet est diablement - angéliquement, plutôt - original. Jamais encore un parfum ne m'avait paru si blanc, reproduisant olfactivement l'effet de la ouate.

Je dois avouer que j'ai du mal à séparer l'odeur même de Miss Me de l'impression baume-cocon qu'il me fait ressentir, mais outre les omniprésents baumes, on y reconnaît la délicatesse de la fleur d'oranger, une note douce qui rappelle le musc blanc, un petit aspect sucré.
Luca Turin lui trouve une forte similarité de conception avec Le Mâle de J.-P. Gaultier et, ayant testé les deux côte à côte, ils partagent effectivement ce côté cosmétique-savon-à-barbe... Miss Me en étant, évidemment, une interprétation bien plus féminine.

Etonnamment, pour une eau de parfum aux notes que l'on aurait pu croire légères, la tenue comme le sillage sont très soutenus... et c'est peut-être d'ailleurs la raison pour laquelle une déclinaison en eau de toilette, Miss Me Discrète?, a récemment été créée.


A la fois très original et doucement féminin, séduisant et duvet protecteur, Miss Me est un vrai coup de coeur.


Maison: Stella Cadente
Créatrice: Annick Menardo
Année de création: 2005
Famille: oriental-baumé
Disponible en eau de parfum, vapo 30ml, 50ml et vaporisateur de sac, dans les enseignes Sephora et en ligne sur le site de Sephora (48-62 EUR). Il existe une gamme de produits coordonnés. Une déclinaison eau de toilette légère (Miss Me Discrète?) est sortie en 2007.

dimanche 25 novembre 2007

[Avis] Noël au Balcon - Etat Libre d'Orange

Notes de tête : notes miellées, mandarine, vanille
Notes de cœur : piment rouge, nigelle
Notes de fond : "accord solaire" musqué

Composition : mandarine, vanille, miel, fleur d'oranger,
abricot, piment rouge, patchouli, musc, ciste, cannelle, nigelle, ...


Il est des jours, je vous assure, où je maudis ma peau (toute douce soit-elle au demeurant, on ne peut quand même pas avoir tous les défauts ;))

Elle avait déjà réussi à réduire Le Feu d'Issey à une soli-note "poivre du moulin dernier choix". Sitôt appliqué, Vetiver Tonka, délicieux sur la mouillette, avait incontinent viré, sur moi, en horrible bouillie pimentée. Le souvenir est encore cuisant.


...et, pendant un moment, j'ai eu très peur que Noël au Balcon, l'édition limitée d'Etat Libre d'Orange exclusive à l'enseigne Sephora, ne soit une nouvelle victime de cette malédiction alchimique.

Le début était pourtant prometteur: fraîche mandarine acidulée, adoucie d'un miel très discret et généreusement saupoudrée de cannelle, fleur d'oranger légère, les notes de tête sont joyeuses et festives.

Le piment rouge apparaît alors, s'affirme, immédiatement suivi d'une puissante note que j'aurais juré être du cumin et - après vérification, il s'avère que la "nigelle" indiquée dans la composition est, effectivement, du "cumin noir".
Las, ma peau n'aime manifestement pas, mais pas du tout, le cumin. Et se venge en exhalant une forte odeur, âcre et piquante, que... je préfère passer sous silence.

Grâce à l'aimable collaboration d'un poignet innocent, je peux toutefois vous décrire l'évolution sur une peau non détraquée. Le piment rouge et une pincée de cumin viennent effectivement rejoindre la cannelle en créant un effet assez original: les épices sont bien présentes dans le sillage et semblent flotter comme une aura au-dessus d'un lit plus moelleux, chaud et légèrement musqué, fait d'un discret souvenir de fruits, pulpe de mandarine un peu trop mûre et chair d'abricot sec, mêlés d'une pointe de patchouli. Le miel s'est évanoui, emportant avec lui toute trace sucrée.

Après deux heures environ, ma peau se calme fort heureusement pour faire apparaître de jolies notes de fond, toujours épicées sans plus le moindre piquant. Je ne sais pas du tout à quoi peut correspondre l'"accord solaire" de la composition officielle, mais les notes musc-labdanum de fond sont effectivement très chaleureuses, engageantes... et elles donnent bien envie de se blottir dans le creux du cou qui les porte pour venir les sentir de plus près...


Ce Noël au Balcon n'est peut-être pas un parfum d'exception, mais il est très plaisant, enjoué d'abord, piquant ensuite, câlin et chaleureux enfin... et les notes de piment rouge et de cumin lui donnent une facette très originale. Dommage que je ne puisse pas le porter!


Maison: Etat Libre d'Orange
Créateur: Antoine Maisondieu
Année de création: 2007
Famille: oriental-épicé
Disponible en eau de parfum, vapo 50ml, uniquement dans les enseignes Sephora et en ligne sur le site de Sephora (55 EUR)

vendredi 23 novembre 2007

De l'ordre, de l'ordre, il faut de l'ordre

"Floral", "boisé", "oriental"... autant de termes qui font aujourd'hui partie du vocabulaire de base de la parfumerie.


Pourtant, ainsi que je l'ai récemment appris en lisant l'excellent Que Sais-Je? sur le parfum, par J.-C. Ellena, l'idée de classer les parfums est en fait toute récente: dans le dernier quart du 20ème siècle, il y eut une première tentative d'organiser les parfums en les faisant remonter à des archétypes, par "filiation" en quelque sorte. Ce n'est qu'en 1984 que sera mis en place le système de classement le plus utilisé aujourd'hui, celui de la Société française des parfumeurs, qui comptait au départ cinq grandes familles olfactives, basées sur des associations-type de matériaux. Revu en 90, ce système distingue les parfums féminins et masculins, et rajoute deux familles supplémentaires.

Juste pour rappel, ces grandes familles en résumé:
  • les hespéridés : construits autour d'agrumes et de produits liés (fleur d'oranger, etc); on y inclut les eaux de Cologne.

  • les floraux : broderie autour du thème de la fleur, seule, en bouquet, saupoudrée de bois, de fruits, d'aldéhydes.

  • les fougères : bien mal nommées, puisque ces parfums sont en fait composés autour de notes de lavande, de mousse de chêne, de coumarine, bergamote et géranium.

  • les chypres : autre dénomination fantaisiste, inspirée d'un parfum qui fit date (Chypre de François Coty, créé en 1917), et s'inspirant de ses accords de mousse de chêne, de ciste-labdanum, patchouli, bergamote et rose.

  • les boisés : construits autour de notes boisées diverses, opulentes ou sèches, associées à des notes hespéridées, épicées, cuir, etc.

  • les ambrés (ou orientaux) : aux notes douces et chaleureuses, animales, poudrées et vanillées, qui peuvent être associés à des notes fleuries, boisées, etc.

  • les cuirs : famille spécifique aux notes sèches, s'efforçant de reproduire l'odeur du cuir (par des notes fumées, bois brûlé, tabac, etc.), avec des notes de tête à tendance florale.
Si certaines catégories sont suffisamment parlantes pour le "grand public" ("fleuri", "boisé"), d'autres, ainsi que le fait remarquer J.-C. Ellena, le sont nettement moins... et toute classification réelle serait, au final, vouée à l'échec.

Il propose pourtant une typologie toute personnelle des parfums, basée non pas sur leur composition, ou leur filiation, mais sur leur forme d'ensemble, c'est-à-dire la manière dont ils sont perçus...

Honnêtement, je trouve ce système d'agencement bien plus hermétique pour le grand public, mais ces divisions conceptuelles sont tellement pertinentes et intelligentes, et un tel régal pour les amoureux d'art!
Et - puisque j'en suis ;) - je ne résiste pas à l'envie de faire un petit parallèle entre les catégories formelles proposées par J.-C. Ellena et les grands styles artistiques qu'elles évoquent... je tente même de proposer l'un ou l'autre parfum qui pourrait y correspondre, mais l'exercice est périlleux!

  • les Baroques se définissent par un propos exagéré, prenant de l'espace, l'accentuation d'un détail pouvant créer une tension.

    Propos exagéré, espace surchargé, tension? C'est bien là tout l'esprit du baroque, et le flamboyant Rubens en est un bon exemple.
    J'y associerais des senteurs opulentes, riches, chaudes, au sillage marqué: Poison, Angel, ...



  • les Classiques sont les parfums devenus les figures, les archétypes de la parfumerie.

    Le choix, pour les parfums, est évident: N°5, L'Heure Bleue, Vol de Nuit, Arpège, Chypre, les noms se bousculent...
    Paradoxalement, l'association artistique est plus délicate. Plutôt que les mouvements "classiques" (Poussin, Mignard) ou néo-classiques (David, Ingres) proprement dits, j'y associerais plutôt les plus célèbres des oeuvres d'art : la Joconde, le David de Michel-Ange, etc.




  • les Abstraits sont les parfums qui ne renvoient pas à une imitation de la nature.

    Ne pas référer directement au monde extérieur concret ne veut pas dire pour autant être exempt de sentiment...
    En parfumerie, la rupture volontaire avec l'imitation de la nature est peut-être la mieux représentée par les étranges collages olfactifs de Comme des Garçons, avec leurs Odeur 53 ou Odeur 71, qui se veulent retranscrire "l'acier contre la langue", la "buée photocopiée", un "igloo liquide" ou des "désirs d’hélium"... j'y associerais le mouvement expressionniste abstrait, avec ici Mark Rothko, qui se voulait exprimer pensées et sentiments par de simples formes abstraites, de grands aplats de couleur.



  • Les Figuratifs sont les parfums qui s'attachent à donner une représentation fidèle d'une odeur choisie.

    Je crois, ici, que les soliflores s'imposent, agrémentés peut-être d'autres notes pour enrober la fleur, l'étoffer, pour en donner - par illusion - une image plus fidèle encore. Par exemple, Une Rose..., des éditions Frédéric Malle, allie à l’absolue de rose turque des notes de géranium et de lie de vin pour représenter, avec la fleur, la terre, "l'odeur d’une rose de jardin qui aurait été saisie avec ses racines".
    En peinture, on pourrait en rapprocher une grande partie de l'art figuratif, sans qu'il tombe dans l'hyperréalisme: entretenir l'illusion pour mieux représenter la réalité.



  • Les Narratifs sont ceux qui racontent une histoire, un lieu, un voyage.

    Il est, effectivement, des parfums qui vous transportent instantanément "ailleurs", des invitations au voyage, des concentrés de souvenirs en flacon... nombre de Lutens en sont, mais aucun ne m'a paru aussi immédiatement évocateur qu'Arabie, qui à la première vaporisation, vous transporte soudain dans un souk du moyen-orient. Et à cette ambiance correspondent bien les rêveries orientalisantes d'Ingres, pas vrai?



  • Les Minimalistes jouent l'odeur pour l'odeur, nue de tout sentiment.

    Voilà un courant artistique bien spécifique: pour les peintres minimalistes, l'oeuvre ne donne à voir que ce qui y apparaît, sans "ressenti" extérieur. Des bandes de couleur sont juste "les chemins qu'emprunte le pinceau sur la toile", sans plus. A ce courant, représenté ici par Frank Stella, je serais tentée d'associer la série des "7 parfums capitaux" de Jovoy, où chaque parfum a pour unique ambition de réinterpréter les grandes familles olfactives: Marine, Oriental, Poudré...

Voilà, en résumé, une manière bien poétique de considérer les familles de parfums, et l'exercice de style est fascinant... je serais curieuse d'avoir d'autres suggestions!


Sources: J.-C. Ellena, "Le Parfum", coll. Que Sais-Je?; site de la Société Française des Parfumeurs.

mardi 20 novembre 2007

[Avis] Mandarine Mandarin - Serge Lutens



Notes de tête : orange chinoise, muscade

Notes de cœur : écorce confite de mandarine, thé fumé

Notes de fond : ciste labdanum, fève tonka, ambre gris







Au risque de me répéter - seigneur, que j'aime Serge Lutens!



Amatrice d'orientaux, je n'avais eu d'yeux - devrais-je dire "de nez"? - lors de mes quelques visites aux Salons du Palais-Royal, que pour les somptueux représentants de cette merveilleuse famille. Enfin, c'est une manière édulcorée de présenter les choses - imaginez Charlie entrant dans la Chocolaterie, et vous aurez une idée un plus juste de la scène.



Sur le moment, comparée à l'opulence d'un Chergui ou d'une Fumerie Turque, cette Mandarine Mandarin, la nouveauté d'automne 2006 de la collection exclusive des Salons, faisait plutôt pâle figure. Mais maintenant que j'ai pu mieux me familiariser avec elle... je suis sous le charme.



S'éloignant de son - oserai-je dire "habituelle"? - inspiration moyen-orientale, c'est vers l'extrême-orient que le duo Lutens-Sheldrake s'est tourné cette fois, pour créer une senteur d'apparence discrète, mais qui dévoile progressivement une grande profondeur.



Mandarine Mandarin s'ouvre sur des notes de tête bien marquées de... mandarine, mais sans la fraîcheur aigrelette à laquelle je m'attendais: c'est plutôt, ici, une mandarine mûre au point d'en avoir perdu presque toute son acidité; s'y mêlent l'amertume de l'écorce, la verdeur des feuilles, un murmure de fleurs d'oranger.



Dans son évolution, cette note de mandarine s'épure pour ne plus garder que l'arôme nu, juste un peu amer, du fruit et de son écorce. Elle est rejointe par une note soutenue de thé noir légèrement fumé (qui rappelle bien le Lapsang souchong, avis aux amateurs), le tout discrètement parsemé d'écorces confites et saupoudré d'épices: la muscade est bien présente, avec, à mon nez, une pointe de girofle. En cœur s'étale un lit chaleureux d'ambres, secs et délicats.





"Délicat": voilà qui résume précisément cette Mandarine Mandarin. Toute en finesse, elle est complexe et profonde, ombrée plus que réellement sombre. Sèche, peu sucrée, riche en subtils arômes, elle fait plus que "sentir le thé" : accompagnée de zestes confits, c'est l'essence d'un thé noir faite parfum.



Moins immédiatement envoûtante que nombre de Lutens plus affirmés, peut-être, mais une très grande réussite.





Maison: Serge Lutens (gamme exclusifs Salons)

Créateur: Christopher Sheldrake

Année de création: 2006

Famille: oriental-épicé

Disponible en eau de parfum, flacon 75ml, uniquement aux Salons du Palais Royal Shiseido et en ligne sur le site des Salons (105 EUR)



vendredi 16 novembre 2007

[Avis] Manakara - Indult


Composition: roses de Bulgarie, roses de Turquie, litchi


Créée, comme les deux autres fragrances d'Indult, par Francis Kurkdjian, Manakara est le fleuri-fruité de la gamme.

"Manakara" est, d'après le site d'Indult, le nom d'une région de Madagascar réputée donner les meilleurs litchis du monde... et c'est effectivement le pétillement acidulé du litchi qui ouvre la danse, un litchi assez réaliste et très sucré. Ce départ intensément fruité se pose joliment sur un lit de pétales de rose très douces et soyeuses, qui l'étoffent sans l'étouffer.
La fraîcheur de ce mariage a bien failli me séduire... n'était cette note sucrée qui vient les rejoindre et se fait de plus en plus présente. L'aspect floral-fruité de Manakara se mâtine rapidement de gourmand, pour finir par rappeler l'odeur de la confiture de roses - ou peut-être, puisque j'en parlais il y a peu, celle du macaron Ispahan de Pierre Hermé, moins la framboise ;)
Après quelques heures, c'est cette odeur de confiture de roses sucrée qui prédomine
, pour le reste de la tenue du parfum.

Je dois avouer que Manakara me laisse perplexe.
L'ensemble, ma foi, est ravissant. Une fois passé le savoureux départ de litchi, Manakara devient une fragrance rose bonbon, sucrée et acidulée, simple d'accès et sans caractère bien affirmé... soit exactement le genre de chose dont raffoleraient de jeunes ados, et voilà précisément le hic. Pourquoi avoir choisi d'inclure ce genre de parfum dans une gamme se voulant ultra-exclusive, prix prohibitif à l'appui? Si plaisante soit-elle, Manakara ne me semble pas être une fragrance d'exception, loin de là.


Maison: Indult
Créateur: Francis Kurkdjian
Année de création: 2007
Famille: fleuri-fruité
Disponible en eau de parfum, vapo 50ml, uniquement chez Sephora et sur le site d'Indult (160 EUR)

mardi 13 novembre 2007

[Avis] Spiritueuse Double Vanille - Guerlain



Notes de tête : baies roses, bergamote
Notes de cœur : encens, cèdre, rose bulgare et ylang-ylang
Notes de fond : vanille, benjoin, notes ambrées



Jean-Paul Guerlain, créateur entre autres de Habit Rouge, Chamade, Nahéma et Samsara, a beau avoir pris sa retraite en 2002, il contribue encore à la parfumerie de la maison... et au début de cet automne, il nous a proposé "une liqueur de peau, enivrante, addictive", au "sillage charnel et aphrodisiaque": Spiritueuse Double Vanille.

Son lancement s'est accompagné d'une charmante curiosité: Pierre Hermé, auguste créateur de cette merveille qu'est le macaron Ispahan (rose, litchi et framboise... heureusement, quelque part, que je vis loin de Paris, ma ligne n'y résisterait pas) a proposé, l'espace d'une semaine, un macaron inspiré par la nouvelle fragrance, fait d'"un cœur de vanille enrichi d’une pointe de rhum et de cèdre".
Trop tard pour le macaron, donc (crénom!), mais quid du parfum?

Fidèle à son nom, Spiritueuse Double Vanille s'ouvre sur une bouffée délicieusement liquoreuse, qui rappelle le rhum. Très vite, la vanille éclot dans cette liqueur, s'épanouit pour prendre la dimension boisée, presque réglisse, d'une gousse de vanille coupée en deux, fraîchement arrivée de la Réunion. De sombres volutes d'encens, de cèdre et de benjoin viennent encore la velouter, pour la parer d'une irrésistible élégance. Après quelques heures, la note alcoolisée s'évapore, laissant un sillage dans lequel la vanille mêlée de benjoin se fait un peu plus affirmée, mais toujours assombrie par un fond d'encens.

Quand la vanille s'affiche en protagoniste, une composition peut facilement devenir monolithique, friser l'alimentaire, prendre des airs lolita ou vahiné... mais ici, la maison Guerlain rappelle comment elle a toujours su sublimer cette note et la rendre ensorcelante. "Nul doute que Vénus serait vanille", a affirmé Jean-Paul Guerlain, et il en donne ici la plus belle démonstration.

Cette Spiritueuse est un parfum profond, sombre et complexe, une enivrante liqueur... la vanille faite velours noir.
Superbe.


Maison: Guerlain
Créateur: Jean-Paul Guerlain
Année de création: 2007
Famille: oriental-vanillé
Disponible en eau de parfum, vapo 75ml, uniquement dans les boutiques Guerlain (140 EUR). Edition limitée actuellement épuisée, va rejoindre la gamme permanente vu son succès!


lundi 12 novembre 2007

[Avis] Tihota - Indult


Composition: vanille, musc


En choisissant pour nom "Indult", terme médiéval désignant les "privilèges accordés à certaines personnes par le Pape ou le Roi de France pour bénéficier de faveurs exclusives", cette nouvelle maison de parfumerie a donné tout de suite le ton: ici, on se veut ex-clu-sif.
Et pour bien enfoncer le clou, comme je l'avais déjà mentionné précédemment, les trois fragrances d'Indult ne sont disponibles qu'en 999 exemplaires, les acquéreurs d'un de ces millésimes numérotés étant les seuls à pouvoir en recommander ultérieurement.

Je dois dire que cet angle outrancièrement élitiste m'a agacée. Mais pour réaliser ses trois parfums, Indult s'est adressée à Francis Kurkdjian, qui a créé entre autres Le Mâle, Fragile et Fleur du Mâle pour Gaultier... ce qui est tout de suite plus intéressant. J'ai donc fini par capituler et tester ces exclusivités, en commençant par Tihota.

D'après le site d'Indult, tihota signifie "sucre" en polynésien (maori, donc, je suppose). Difficile de trouver nom plus approprié : dès qu'on le vaporise, Tihota hésite entre le sucre vanillé et le sucre vanilliné, du sucre avec une vanille très sèche, qui vire presque au brûlé/plastique l'espace d'un instant sur ma peau.
Fort heureusement, l'impression de brûlé passe très vite, mais Tihota reste terriblement linéaire. La composition, très simple, n'est apparemment que vanille et "muscs en fusion". Si le musc est présent mais très discret, la vanille, elle, occupe le devant de la scène, sous les pleins feux des projecteurs. Très sucrée toujours, elle reste sèche au point de donner une impression rugueuse, presque râpeuse... et ne bouge plus pendant de (très) longues heures : la tenue est vraiment exceptionnelle, toujours là, bon pied bon œil, le lendemain matin, et elle résiste à la douche!

Tihota est une vanille simple, pure et évidente, les grains de vanille dépouillés de leur gousse. Pour faire un clin d'oeil à Platon, je dirais qu'Indult a pratiquement réussi ici à concentrer en flacon l'Idée même de la vanille. Et en matière de vanille pure, celle-ci est, vraiment, particulièrement belle... Mais vaut-elle un tel prix?
Les amoureux fous de cette note seront à coup sûr aux anges, les autres passeront allègrement leur chemin.


Maison: Indult
Créateur: Francis Kurkdjian
Année de création: 2007
Famille: gourmand-vanillé
Disponible en eau de parfum, vapo 50ml, uniquement chez Sephora et sur le site d'Indult (160 EUR)

dimanche 11 novembre 2007

[Lectures] L'Homme qui entend les parfums s'invite chez vous!

En faisant une recherche pour retrouver l'archive du feu blog de Luca Turin (si son nom ne vous est pas familier, il est "L'Homme qui entend les parfums", un biophysicien qui étudie le fonctionnement de l'odorat, et un grand passionné de parfums devant l'Eternel), je suis tombée par hasard sur une version PDF de son délicieux Parfums: Le Guide, édition 1994.


Et quel régal!

Après quelques pages d'introduction sur le monde de la parfumerie, dans lesquelles il conseille par ailleurs d'oser s'aventurer hors des étiquettes masculin/féminin artificiellement collées sur les fragrances, il décrit et critique 244 parfums, d'Acaciosa à YSL pour Homme, passant en revue les grands classiques comme les dernières sorties (de l'époque). Ses avis sont bien tranchés, parfois franchement lapidaires, mais toujours jubilatoires, avec une verve des plus savoureuses. Quelques courts extraits?



Anaïs Anaïs de Cacharel:

" (...) Un peu salle de bains, mais pas mal".


Bandit de Robert Piguet:

"(...) fera trembler nombre de créations chichiteuses et factices de la parfumerie prétendument "sexy" des dix dernières années."


Le classique de Gaultier:

"(...) un parfum fruité pastel pour jeunes filles, style volière de perruches. Autorisé à quinze minutes de célébrité, mais pas une de plus."


Mais il ne fait pas qu'étriller petites et grandes fragrances, si populaires soient-elles. Il aime, par exemple, ces monuments de l'art de la parfumerie que sont les grands classiques de Guerlain, et je ne résiste pas à l'envie de vous présenter un long extrait de sa critique de Jicky:

"(...) Nul ne sait s'il est homme ou femme, tous l'ont vu le même soir au bras de belles et de beaux. On croit l'avoir compris, se l'être attaché; on le retrouve, méconnaissable et rieur, sur la peau d'un autre. Il fait son entrée dans un prodigieux accord qui enjambe quatre octaves du brun de la terre au bleu du ciel. Il passe, laissant un sillage énigmatique et souriant."


Et, histoire de ne pas se cantonner aux légendes du temps passé, il adore aussi... Angel:

"(...) Il a la pâleur et l'insolence de ses ancêtres, mais en plus glorieux. Un très grand parfum."
Si je vous le dis!





Ces 79 pages de bonheur sont disponibles ici, en fichier .pdf sur le site de Flexitral. L'archive du blog de Luca Turin (en anglais) est aussi disponible en pdf sur le même site.



A noter: Luca Turin va publier prochainement une version revue et remise à jour de ce guide, en anglais, et en collaboration avec Tania Sanchez: Perfumes, the Guide. Apparemment, publication et fragrances critiquées seront adaptées au marché américain (point d'exclusifs de chez Serge Lutens!). Affaire à suivre...

jeudi 8 novembre 2007

Le Parfum, par Süskind et... Thierry Mugler

Au commencement, il y avait Le Parfum, de Patrick Süskind, livre-ovni au succès retentissant.

Jamais encore les odeurs, les senteurs n'avaient été décrites avec une telle richesse, ni tenu un tel rôle dans un ouvrage écrit. Notre langue est si pauvre en termes qui permettent de décrire les odeurs que c'était là un vrai tour de force, devant lequel je m'incline humblement, même si par ailleurs je ne suis pas tombée sous le charme de ce bouquin, pour d'autres raisons d'ailleurs.

Plus qu'un film, ce livre exigeait absolument une autre adaptation pour lui rendre hommage: Le Parfum soutenait la gageure de traduire les odeurs en mots. Ce n'était que justice de tenter de traduire ces mots en odeurs, pas vrai?

Le défi était de taille, et au départ, le nez Christophe Laudamiel (créateur notamment de Youth Dew Amber Nude d'Estée Lauder) avait juste entrepris, en 2000, à ses moments perdus, de recréer olfactivement des passages du livre.
L'idée finit par faire son chemin, et Thierry Mugler, célèbre papa d'Angel, a finalement accepté de tenir le pari et d'engager Laudamiel, associé à Christoph Hornetz, pour réaliser son idée... et c'est ainsi qu'apparut Le Parfum en coffret.




Dans ce coffret, 14 fioles de 7,5 ml, et un sublimateur de 15 ml, chacun exploitant une facette, une ambiance, un événement du livre. N'ayant pas encore eu le bonheur de sentir ces petites merveilles, je me contenterai de relayer les impressions des heureux mortels qui ont eu ce privilège...
Au menu:


Baby:
Ils ne sentent pas partout pareil, quoiqu’ils sentent bon partout…Leurs pieds, (…) ils sentent le beurre frais. Et le reste du corps sent comme… comme une galette qu'on a laissé tremper dans le lait. Et la tête, là, l'arrière de la tête (…) Là, ils sentent le caramel (…).
Les notes: vrai arôme de crème fraîche, lait chaud, sucre roux du caramel. Selon certaines sources, Baby est fait de 25 ingrédients différents, sélectionnés en collaboration avec une spécialiste des arômes alimentaires, pour recréer des odeurs de lait chaud, beurre frais, îles flottantes et galettes cuites au four.
Les critiques le décrivent comme un parfum très doux, un lacté délicatement sucré, qui évoque effectivement l'odeur d'une nuque de bébé.


Paris 1738:
Il s'y mêlait des odeurs d'hommes et de bêtes, des vapeurs de nourriture et de maladie, des relents d'eau et de pierre et de cendre et de cuir, de savon et de pain frais (…). Des milliers et des milliers d'odeurs formaient une bouillie invisible qui emplissait les profondes tranchées des rues et des ruelles et qui ne s’évaporait que rarement.
Les notes: des baies de cassis qui prennent une odeur d'urine, mêlées d'absolu d'algue marine. Le tout donne un effet avoué de "fragrance désagréable, aux limites de l’écœurement", pour "souligner l'effet de saleté".
D'après les critiques, ce "film d’horreur de la parfumerie" est effectivement fétide, avec une note acidulée qui filtre à travers les effluves d'égout, de marché aux poissons. Apparemment très réussi, et évidemment importable ;)


Atelier Grimal:
Il écharnait les peaux (…), les faisait boire, les débourrait, les passait en chaux, les affétait à l'acide, les meurtrissait, les enduisait de tan épais, fendait du bois, écorçait des bouleaux et des ifs, descendait dans les cuves remplies de vapeurs âcres, y déposait en couches successives les peaux et les écorces (…).
Les notes: mimosa, pour rendre "l’aspect brut, non travaillé, la texture rugueuse du cuir non corroyé", avec une note de fruit rouge conjugué au velouté de potiron.
Le résultat est apparemment beaucoup plus "cuir neuf", mêlé à une volute de fumée et une petite note chimique, que franche tannerie, dont l'odeur est réputée insoutenable.


Virgin N°1:
Une jeune fille était assise à cette table et préparait des mirabelles. (…), il sentait la sueur de ses aisselles, le gras de ses cheveux, (…). Sa sueur fleurait (…) aussi sucrée que l’huile de noix, son sexe comme un bouquet de lys d’eau, sa peau comme les fleurs de l’abricotier… et l’alliance de toutes ces composantes donnait un parfum enchanteur (…).
Les notes: riz blanc et de lait frais pour évoquer l'innocence et la pureté, avec une eau-de-vie de mirabelles... avec une note tout à fait originale: les deux nez ont analysé l'odeur du nombril et des cheveux d'une jeune fille (!!) par "headspace" (une technique permettant de capturer et d'analyser les molécules d'arôme de l'air autour de la source de la senteur).
Le résultat, d'après les critiques, est absolument sublime, musqué - l'odeur "humaine" est bien présente - mais délicat, avec une douce note lactée et le sucre pétillant des mirabelles, innocent mais sensuel et envoûtant. On affirme que cela mérite d'être disponible à la consommation, et le plus vite possible ;)


Boutique Baldini:
Son ambition était de réunir dans sa boutique tout se qui sentait, (…)C’est ainsi qu’on trouvait chez lui (…), bougies, plaquettes et rubans odorants, mais aussi la collection complète des épices, des grains d’anis à l’écorce de cannelle, des sirops, des liqueurs et des eaux de vies de fruits, des vins de chypre, de Malaga et de Corinthe, des miels, des cafés (…).
Les notes: pour rendre la "polyphonie olfactive saturée" de la boutique du signor Baldini, un mélange de liqueurs sucrées, eau de violette, nuances balsamiques, odeurs de cire, de café, d’anis, de graines d'angélique, avec une légère note de vinaigre utilisée autrefois dans la composition de parfums, et des extraits de jonquilles dont certains composants évoquent l’odeur de la pommade.
L'idée était de faire un mélange lourd, qui évoque la parfumerie de l'époque, aux matières que nous jugerions un peu grossières aujourd'hui, et visiblement le pari est rempli. La violette est très présente, sous une épaisse note de baumes, presque pharmaceutique.


Amor & Psyché:
Il y a dedans trop de bergamote et trop de romarin, et pas assez d'huile de rose. – Ah, tiens, dit Baldini (…) Quoi d'autre? – Fleur d'oranger, limette, œillet, musc, jasmin, de l'eau-de-vie et quelque chose dont je ne connais pas le nom (…).
Les notes: la composition correspond au style de l'ancienne parfumerie, des notes d'agrumes très présentes, avec des notes animales et des essences florales pour arrondir la fragrance. Toutes les notes sont naturelles. Le citron vert (la "limette" de la description de Grenouille), trop associée au Mr. Propre aujourd'hui ;), a été remplacée par de la bergamote.
Apparemment, cet Amor & Psyché est très frais, avec la luminosité des agrumes, on évoque même du "métallique", en tout cas un brin rustique, ce qui était l'effet recherché.


Nuit Napolitaine:
Le parfum était magnifique. Comparé à «Amor et Psyché», c'était comme une symphonie comparée au crincrin esseulé d'un violon. C'était davantage encore (…). Ce n'était pas un parfum qui vous donne une meilleure odeur, pas un sent-bon, pas un produit de toilette. C'était une chose entièrement nouvelle, capable de créer par elle-même tout un univers.
Les notes: Amor & Psyché revu et corrigé par Grenouille, à l'aide de gingembre et de gentiane au lieu de l’essence de fleurs d’oranger, et de la clémentine d'Italie mêlée à la bergamote, avec de la menthe fraîche.
Les critiques le décrivent effectivement comme un Amor & Psyché plus moderne, plus frais encore avec la menthe mêlée aux agrumes, avec un côté androgyne, presque masculin.


Ermite:
Près de l’endroit ou suintait un peu d’eau, il découvrit une petite galerie naturelle. (…), il faisait nuit noire même en plein jour, il y régnait un silence de mort, et l’air exhalait une fraîcheur humide et salée. Grenouille flaira tout de suite que jamais être vivant n’avait pénétré en ce lieu (…).
Les notes: pour retranscrire l'impression "froide et minérale" de l'abri de grenouille, des notes de mousses, avec des extraits de patchouli pour l'effet d'oscurité, des notes de champignons pour la touche d'humidité, et l’odeur de noix de la pierre froide.
Les avis sont unanimes: une fragrance absolument unique, froide et minérale, qui donne une impression d'eau coulant sur des rochers couverts de lichen. Une odeur bien plus qu'un parfum, que j'adorerais sentir!


Salon Rouge:
Son cœur était un château pourpre. Il possédait mille chambres et mille caves et mille salons raffinés (…) Or, dans les chambres du château, il y avait des rayonnages depuis le sol jusqu'aux plafonds, ils contenaient toutes les odeurs que Grenouille avait collectionnées au cours de sa vie, (…).
Les notes: l'huile de davana, dont l'odeur liquoreuse rappelle celle du porto, de soyeuses notes boisées, des notes surdosées de tubéreuse veloutée, et deux molécules particulières: le Karnanal (à l'odeur de goudron chaud) et l'Aldron (qui recrée l'odeur de la chaleur corporelle).
Un parfum du soir, apparemment riche, sensuel, velouté et opulent, qui s'ouvre sur une note d'agrumes fraîche, suivie du porto liquoreux, miellé, qui se termine sur un ambre boisé.


Human existence:
Il y avait un thème fondamental de l'odeur humaine, et au demeurant passablement simpliste: une base continue, graisseuse, sudatoire, aigrelette comme du fromage et pour tout dire assez répugnante, que tous les humains avaient en commun et au-dessus de laquelle flottaient ensuite les petits nuages infiniment diversifiés qui donnaient les auras individuelles (…).
Les notes: essence absolue de malt, qui évoque le fromage, civette de synthèse, cumin qui donne une note épicée de transpiration, et la molécule de Skatol qui... pour dire les choses clairement, est nettement fécale.
La chair est triste, hélas, et sur ce plan, Human Existence est un triomphe: les critiques le jugent épouvantablement réaliste, une odeur infâme de transpiration aigre, d'urine, de matières fécales, qui pue comme charogne. Et ça aussi, j'adorerais sentir. Par pure curiosité, vous comprenez ;)


Absolu Jasmin:
Fin juillet, ce fut l’époque du jasmin, (…).Dans un local réservé à l’enfleurage, on les répandait sur des plaques de verre enduites de graisse froide, ou bien on les enveloppait mollement dans des linges imprégnés d’huile, et il fallait qu’elles y meurent en s’endormant doucement.
Les notes: comme son nom l'indique, Absolu Jasmin est un soliflore, le Jasminum Grandiflorum à l'état pur, vrai trésor olfactif utilisé dans nombre de parfums.
Parmi les pas moins de 25 nuances de jasmin utilisées en parfumerie, celle-ci est, d'après les critiques, parfaite, exotique et opulente. Et comme j'ai fini par éviter le jasmin à cause des effluves nettement trop indoliques - entendez "qui rappellent le pipi de chat" - du jasmin de grade inférieur utilisé dans pas mal de parfums, j'adorerais pouvoir comparer.


Sea:
La mer sentait comme une voile gonflée où se prenaient l'eau, le sel et un soleil froid. Elle avait une odeur toute bête, la mer, mais c'était en même temps une grande odeur et unique en son genre, si bien que Grenouille hésitait à la scinder en odeurs de poisson, de sel, d'eau, de varech, de fraîcheur, et autres (…).
Les notes: la molécule de Calone, dont l'odeur est celle de l'eau de mer, accompagnée de nuances abstraites d'anis, de melon, de citron et d’une molécule inspirée du cyclamen, combinées pour recréer l'effet de la brise.
L'effet est apparemment bien marin, mais c'est une mer abstraite, aux facettes fraîches, melonnées, sans les odeurs assez fétides d'algues, coquillages, etc. qui l'accompagnent habituellement.


Noblesse:
Grâce à la fraîcheur des ingrédients ainsi rajoutés, la puanteur latente s'était perdue jusqu'à être imperceptible, le parfum des fleurs avait enjolivé l'exhalaison fétide, la rendant quasi intéressante, (…) une allègre et vigoureuse senteur de vie.
Les notes: violette, héliotrope et racines d’iris poudrées, cèdre de l’Atlas, Rose de Mai de Grasse, l'un des ingrédients les plus incroyablement chers en parfumerie, poudre de vanille, un aldéhyde spécifique rappellant le maquillage et les perruques poudrées de l'époque, et... l'accord de Human Existence.
Les critiques s'accordent pour dire que c'est l'une de leurs senteurs préférées du coffret, un floral poudré élégant, au cœur de rose délicate, réchauffé par les notes animales de Human Existence.


Orgie:
L'exécution prévue de l'un des criminels les plus abominables de son époque dégénéra en la plus grande bacchanale que le monde eût connu depuis le IIe siècle avant Jésus-Christ ;(…) L'air était lourd de la sueur sucrée de la jouissance, et tout plein des cris, des grognements et des gémissements de dix mille bêtes humaines. C'était infernal.
Les notes: la facette riche et animale du chocolat noir, le Javanol (un santal, pour représenter l'échafaud), du musc de synthèse, et "les secrétions corporelles sous toutes leurs formes, sueur ou sperme, ont été retranscrites grâce à des molécules naturelles ou abstraites, souvent boudées, notamment la molécule Excital qui traduit à merveille la chaleur des corps et l’effet érotique ambiant".
Hm, que dire?
Il paraît que tout y est, l'odeur et la chaleur de la peau, l'animalité du musc, et apparemment, les odeurs de, euh, sécrétions sont tout à fait réalistes, et l'Excital remplit tout à fait son office ;)


Aura:

Impossible, évidemment, de recréer le magnum opus de Grenouille, mais en clin d'œil, l'équipe de Thierry Mugler Parfums a voulu exprimer dans un parfum "ce petit quelque chose que chacun aimerait dégager."
Mais comment agit le charme ? Porté seul, Aura respecte la personnalité de celui qui le porte, comme une seconde peau atmosphérique, un sublimateur personnel. Porté en association avec son parfum préféré, Aura en intensifie les facettes olfactives.

Aura est unique dans sa faculté de métamorphose. Pour s’harmoniser avec les 12 familles olfactives principales de la parfumerie, cet élixir contient au moins un, sinon plusieurs, ingrédients spécifiques de chaque groupe. Une formule lui conférant le pouvoir étonnant de se fondre, tel un caméléon, dans le parfum qui lui est associé.
Le but était donc de créer un parfum qui sublime votre propre odeur corporelle, dont la senteur soit donc radicalement différente sur chacun. Pas de pyramide olfactive ici, mais 84 composants, chacun "dosé pour donner de l’effet, mais juste retenu pour ne pas se trahir", qui interagissent directement avec la peau.

Les avis des critiques?
Aura est "chaud sans être épicé, opulent sans être lourd, boisé sans être râpeux, musqué sans être animal"; d'autres trouvent qu'il s'ouvre sur un accord vanille-fruit-musc, qui est rejoint par d'élégants bois et épices. Il a parfois la chaleur de Salon Rouge, parfois la douce luminosité de Virgin N°1, parfois un doux mélange floral comme une guirlande de jasmin. Un parfum sans sillage, un sublimateur, "un coton baigné de crème pour la peau", qui semble familier, sans être reconnaissable, discret en restant constamment présent.

Et avec ce genre de descriptions, je ne sais pas vous, mais je suis dévorée de curiosité. Fort heureusement, Aura est censé être commercialisé seul (mais légèrement reformulé, malheureusement) pour la fin 2007, joie!

Il faut aussi dire que les 1300 exemplaires de ce précieux coffret, proposé pour la modique somme de 550 EUR, se sont arrachés comme des petits pains, mais il doit être encore possible de le trouver dans quelques points de vente.
J'aimerais vraiment pouvoir le sentir un jour... et j'attends en tout cas Aura de pied ferme!


Sources: site officiel du Parfum de Thierry Mugler, article de Chandler Burr, Bois de Jasmin, Basenotes, MakeUpAlley.

mercredi 7 novembre 2007

[Avis] Louve - Serge Lutens



Notes de tête : amande blanche

Notes de cœur : note fruitée, note rosée

Notes de fond : ambre, vanille, baumes







Je dois avouer que j'aime Serge Lutens.

Passionnément.

Jamais je n'avais trouvé autant de parfums si originaux, avec tant de personnalité, si littéralement aim-ables, au sein d'une même marque... mais pas au point de m'extasier aveuglément devant toute nouvelle sortie.



Aussi, en lisant les critiques de Louve, le dernier-né de la gamme export, j'ai eu très peur. Décevant, le nouveau Serge? Peu inspiré, une version délavée et passe-partout de Rahät Loukoum, au point d'en devenir... commercial? Fi, vous dis-je!



Avec un peu d'appréhension, j'ai testé cette Louve et... un grand sourire m'est venu spontanément aux lèvres. Le départ est un massepain presque pur, doux et blanc, gentiment sucré, un vrai doudou... mais après une vingtaine de minutes, une discrète note de rose-héliotrope poudrée vient enrober l'amande qui se fait bien discrète, sur fond de baumes. A ce stade, et pour le reste de sa tenue, Louve se fait d'une infinie douceur, un parfum de peau tout en délicatesse pastel. On est loin, très loin de l'opulence gourmande mais racée d'un Rahät Loukoum.



Pourquoi les critiques ont-elles été si négatives?

La flamboyante originalité qui a fait la réputation de la maison est absente, il est vrai - Louve est l'un des Lutens les plus accessibles, les plus facilement portables. Et le nom est bien mal choisi: on attend une sauvage et dangereuse chasseresse, la "fable mystérieuse" annoncée, alors que c'est une gentille petite louvette qui arrive en trottinant. Petit bémol, par ailleurs, pour la tenue très faible pour une eau de parfum haute concentration... mais cela mis à part, je trouve cette petite louvette-là, avec toute sa douceur florale poudrée, vraiment adorable.





A noter: le Comité de la Parfumerie Russe (dont le jury comprend, notamment, Maurice Roucel) a décerné en décembre à Louve le prix 2007 du meilleur parfum de niche. Une récompense bien méritée!





Maison: Serge Lutens (gamme export)


Créateur: Christopher Sheldrake et Serge Lutens

Année de création: 2007

Famille: oriental-vanillé

Disponible en eau de parfum haute concentration, vapo 50ml, en parfumeries sélectionnées (95 EUR)

mardi 6 novembre 2007

[Avis] Ambre Narguilé - Hermès



Notes de tête : graines de sésame, cannelle, note de rhum, caramel
Notes de cœur : miel, fève tonka, orchidée faham
Notes de fond : benjoin, labdanum, coumarine, musc, vanille


Ambre Narguilé est l'un des quatre premiers parfums lancés en 2004 dans la collection Hermessences, exclusivement réservée aux boutiques Hermès et créée par Jean-Claude Ellena, nouveau nez attitré de la maison. Chacune de ces essences entendait évoquer une matière différente, et ici, c'est au cachemire que J.-C. Ellena a pensé.

Le départ est liquoreux, avec la note de rhum bien présente, entourée d'épaisses volutes de cannelle. Curieusement, malgré le caramel listé dans les notes de tête, l'impression générale est chaude et riche, mais sèche, peu sucrée, le sésame ajoutant une note d'amertume. L'ensemble m'évoque irrésistiblement des raisins secs au rhum, sur un épais et délicieux nid d'épices, cannelle en tête. Le miel devient un peu plus prononcé après quelques heures, puis s'estompe doucement, sans jamais devenir écœurant.
La chaleur épicée et légèrement alcoolisée d'Ambre Narguilé a attiré les comparaisons avec l'odeur du pain d'épices, mais je le trouve nettement moins sucré; et sur ma peau, il ne vire réellement au vin chaud - autre comparaison fréquente - qu'après plusieurs heures, quand la touche de raisins au rhum s'est évanouie tandis que les chaudes notes de fond s'épanouissent pleinement.

La tenue est excellente pour une eau de toilette, il dure facilement jusqu'au soir, sans retouches nécessaires. Heureusement, d'ailleurs, vu le prix très... "exclusif"!
Seule petite interrogation: pourquoi appeler "Ambre Narguilé" un parfum où l'ambre ne se fait pratiquement pas sentir, et où les notes fumées se résument à quelques très légères volutes?


Au départ, Ambre Narguilé est foncièrement original, un oriental chatoyant frisant avec le gourmand sans jamais vraiment y tomber... puis, au fil des heures, il se réchauffe encore, se fait moelleux comme le cachemire qu'il voulait évoquer, et devient franchement sublime. Tel qu'il est, ce n'est pas le coup de foudre absolu que j'espérais, mais si je pouvais mettre ces merveilleuses notes de fond en bouteille, je crois que plus jamais je ne pourrais porter un autre parfum....


Maison: Hermès
Créateur: Jean-Claude Ellena
Année de création: 2004
Famille: oriental
Disponible en eau de toilette, vapo 100ml (150 EUR), vapo 100ml fourreau cuir, ou par coffrets de 4 vapos 15ml (90 EUR?), uniquement dans les boutiques Hermès.


lundi 5 novembre 2007

Trop chic pour toi, Mirza

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais depuis quelques temps, je trouve que les nouvelles sorties parfums vont de "très moyen" à "franchement pas terrible".



Mon dernier vrai craquage remonte à... 2003. Sinon, il y a eu quelques parfums que j'ai trouvés assez jolis... mais pas de vrai coup de foudre.



Ce qui m'a vraiment étonnée, en fait, c'est à quel point toutes les nouvelles sorties semblaient se ressembler, et étaient au final peu mémorables, témoins le dernier Dior dont tout le buzz m'avait rendue frénétique de convoitise, puis m'a laissée franchement sur ma faim, et le dernier YSL, Elle - beaucoup de battage pour pas grand chose.



Je crois que c'est ce qui m'a poussé à me tourner, depuis deux ans, vers une petite parfumerie artisanale très, très gotheuse, qui travaillait uniquement à base d'huiles essentielles naturelles, sans alcool.



Très récemment, pourtant, je me suis éperdument enamourée de grand maître sérénissime Serge Lutens.

C'était là ma première incursion dans le joli monde des "parfums de niche", et je crains, au grand dam de mon défunt portefeuille, que le pli ne soit pris pour un moment...



Les parfums de niche, qu'est-ce que c'est exactement?





Désolée ;)




Il s'agit donc de parfums qui, contrairement à leurs homologues en vente dans tous les bons Sephonnaud à grands coups de matraquage publicitaire et formatés par des spécialistes marketing pour plaire au plus grand nombre (véridique...), se concentrent d'abord sur un concept, osent, inventent, innovent, sans contrainte de rentabilité, d'où des fragrances souvent plus affirmées, moins consensuelles. Les matières premières tendent aussi à être de première qualité, plus onéreuses, les notes peuvent être plus originales.



Quelques exemples de ces maisons forcément innovantes et confidentielles?

Mon bien-aimé Serge Lutens, bien sûr, avec plusieurs parfums tellement, hm, "originaux" qu'ils frisent l'importable (Muscs Koublaï Khan et ses douces effluves de cirque, Arabie le bien nommé vu qu'il sent le couscous, et le formidable Miel de Bois qui semble évoquer le Pledge chez les uns, l'...urine chez les autres, et j'en passe!).



D'autres parfumeurs jouent à fond la carte du décalage, comme l'Etat Libre d'Orange, qui donne le ton avec son slogan "le parfum est mort, vive le parfum!"... et qui pimente sa gamme de fragrances aux noms aussi alléchants que Vraie Blonde, Putain des Palaces, le... enfin, je cite, "Don't Get Me Wrong Baby, I Don't Swallow", ou encore les appétissants Nombril Immense, Charogne ou Sécrétions Magnifiques. Tout un poème.



Frédéric Malle, lui, s'est voulu "éditeur" de parfums comme d'autres éditent des livres.

Son concept?

S'adresser aux meilleurs "nez" du marché (qui travaillent d'ordinaire pour les grandes maisons habituelles), et leur demander à chacun de lui créer un parfum, quel qu'il soit, sans contrainte d'aucune sorte: carte blanche totale laissée à la créativité!

Il propose ainsi 16 parfums "sans concession", très différents, de vrais parfums de créateur, chacun avec leur personnalité, qui s'étalent du plus léger et transparent au plus chaud et épicé.



Et ce ne sont là que quelques exemples, ces petites maisons sont, au final, assez nombreuses: Caron, Annick Goutal, Creed, Dyptique, L'Artisan Parfumeur, Maître Parfumeur et Gantier, The Different Company, Santa Maria di Novella, Acqua Di Parma, Parfums d'Empire, et j'en passe, et beaucoup, encore.



Comme vous aurez pu le deviner, le produit ne vise qu'à séduire une clientèle relativement restreinte, et ces parfums de niche ont donc acquis une autre facette: l'exclusivité.

C'est qu'en portant ce genre de fragrance, vous ne courez pas vraiment le risque de croiser une inconnue qui aurait le même parfum que vous, pas vrai? (si vous portez Angel, par contre... ).

Cette exclusivité peut même devenir - à vue de nez - le principal argument de vente, comme dans le cas d'Indult, fière d'affirmer que seuls 999 flacons de chacun de ses parfums seront produits, et que seules les heureuses acquéreuses pourront ensuite le commander à nouveau, numéro de membre à l'appui, "entrant ainsi dans l'un des clubs les plus fermés du monde du parfum", libre à elles ensuite, une fois en possession de leur précieuse exclusivité, de "l'utiliser égoïstement ou de le partager". Ahem. J'espère pour elles que ça sent bon, en prime.



Les grandes maisons de parfumerie traditionnelle se sont à leur tour engouffrées dans le créneau, pour regagner une image de luxe que la vente de masse de leurs produits avait écornée.

C'est ainsi que sont nées des collections exclusives, très limitées, souvent en vente exclusivement dans les boutiques (voire la boutique) de la maison mère.



Chanel a ainsi créé pour ses propres boutiques toute une gamme d'exclusifs qui jouxtent des rééditions limitées des grands classiques de la marque (Cuir de Russie, N°22, ...); Guerlain avec ses "L'art et la matière", Armani avec "Armani Privé", Hermès avec ses "Hermessences" ont chacune leurs propres collections exclusives pour initié(e)s, généralement dans des flacons distinctifs, épurés à l'extrême... le mouvement est bien lancé.



Et ces grandes marques s'y retrouvent: si les Hermessences ne se vendent qu'à environ 5000 exemplaires, contre... 300 à 400.000 pour les parfums féminins classiques d'Hermès, cette nouvelle aura de luxe pour privilégié(e)s a un impact positif sur l'image de la marque et donc... sur la vente de ses produits classiques.



Corollaire inévitable de la rareté: le prix.

Ces parfums de niche sont généralement plus onéreux que les produits de masse: on dépasse (et parfois de très loin) les 100 euros pour un flacon. Parfois, le prix s'envole au point qu'on (entendez, "je") finit par se demander si un prix pareil est vraiment justifié, d'ailleurs...



En attendant, qui d'autre que ces charmants parfums de niche me permettrait de sentir la cigarette ou le vin chaud, je vous le demande?

CQFD!



Marhaba!

Bonjour à toi, Cher Lecteur (éventuel)!

Comme son nom ne l'indique qu'à moitié, ceci est un blog tout nouveau tout beau dédié à l'un de mes plus grands amours en ce bas-monde, cet ineffable plaisir des sens qu'est l'art de la parfumerie. Point que je me crusse experte en la matière, loin de là! J'entends juste partager des goûts et dégoûts, autres réflexions et songeries parfumières... et probablement beaucoup de bêtises ;)

Et puis, ayant lu au détour d'un forum un article enragé d'un monsieur qui tonnait contre la "prolifération des blogs de parfums" et l'infernal toupet de ces gens "sans connaissances, sans formation, sans la moindre idée de ce que peut être notre industrie" mais qui osent malgré tout donner publiquement leurs avis sur les parfums, plutôt que d'acheter sagement toutes les nouvelles soupes mises sur le marché sans piper mot... la tentation était trop forte de venir apporter ma modeste contribution à cette iconoclaste entreprise ;)