[Avis] Muscs Koublaï Khän - Serge Lutens

vendredi 30 octobre 2009

À une époque semble-t-il révolue, il était des parfums qui osaient lover, au cœur de leur bouquet floral, une dose d'animalité peu ou prou affirmée. Une animalité qui est aujourd'hui largement bannie des parfums de ces temps aseptisés: non seulement les matières d'origine animale sont à présent interdites dans la parfumerie, mais la consommatrice moyenne actuelle se récrierait d'horreur si elle sentait une touche de la civette ou du musc naturels qui étoffaient les fragrances de sa grand-mère.

Et même s'il existe encore, de nos jours, des parfums entièrement construits autour du musc, il s'agit souvent soit de muscs blancs, proprets et lessiviels, soit de compositions où l'on a cherché à mettre la matière en valeur, mais en limant soigneusement les griffes du fauve pour le rendre portable.

...à une exception près: Muscs Koublaï Khän, de Serge Lutens.

"MKK", pour les intimes, a été conçu comme un lointain hommage au Livre des merveilles de Marco Polo, récit de 1298 contant les aventures de l’explorateur et marchand vénitien, qui vécut des années à la cour du grand khan et empereur de Chine. Il évoque le palais du khan, son pavillon de contemplation fait de laques et de jade... mais surtout, il se veut mettre en scène la "complexité des sens dans leurs contradictions", dans "une aura ondoyante, sensuelle".

Et c'est bien là l'essence du message de l'extraordinaire MKK.


Composition: civette, castoréum, costus, ciste labdanum, ambre gris, rose du Maroc, graines d'ambrette, vanille, patchouli

Muscs, civette, castoréum, ambre gris? C'est là pratiquement toute la gamme des notes animales de la parfumerie qui se trouvent réunies. Et d'emblée, MKK est puissamment, incroyablement animal. Plus que Koubilaï Khan le magnifique, il m'évoque son grand-père, le conquérant, l'impitoyable Gengis. MKK est un fauve.

Comment même le décrire?

Dans sa première heure, il rappelle d'assez près l'odeur... de la ménagerie au cirque. La sueur des bêtes, la paille, le crottin, les animaux en rut: voilà MKK. On pourrait y déceler aussi une nuance qui rappelle le Crottin de Chavignol (!), mais ce sont d'abord et avant tout les fauves qui paradent, puissants et ostentatoires, sous les projecteurs.
Je dois bien avouer qu'à mon premier essai de MKK, cette odeur m'a laissée tout bonnement interdite, et à la limite du fou rire. Mettre une puanteur pareille en flacon, et la vendre comme parfum?!

Après cette première heure, pourtant, les facettes les plus crues de la cage aux lions s'estompent, et reste sur la peau une senteur... grisante. C'est là une véritable odeur de peau, corporelle, mais sublimée, sensuelle en diable, doucement lumineuse et feutrée. Le fauve s'est apaisé et ronronne languissamment sur l'épiderme...

Promesse tenue, donc: MKK s'est bien fait aura, ondoyante, souple et enivrante. On dépasse presque l'odorat pour passer dans la sensation pure, une sensation trouble et troublante, un indéniable appel à tous les sens - impression d'autant renforcée que le sillage, à ce moment, s'est fortement réduit, et il faut s'approcher tout près de la peau pour le sentir.

Tel que je le sens, et sur ma peau, MKK est donc un musc animal, sensuel et lumineux, à nul autre pareil. Mais l'anosmie aux muscs est très fréquente, variable selon les personnes, et il semble ainsi que les ressentis des uns et des autres divergent très largement. Certains parlent ainsi de musc propre et savonneux, d'autres sentent une rose affirmée, d'autres encore le sentent se sucrer au fil du temps. Autant dire qu'il est indispensable de le sentir sur la peau avant d'acheter!

Quoi qu'il en soit, Muscs Koublaï Khan est un parfum d'exception, dans tous les sens du terme. Rien n'y ressemble sur le marché. Il y a dans MKK une étincelle de l'Aura de Grenouille, cette senteur corporelle mise en flacon qui l'a finalement rendu irrésistible... autant dire qu'il est absolument à découvrir. Saluons donc le courage de Serge Lutens d'avoir choisi cette incroyable curiosité olfactive pour figurer temporairement dans la collection Export, largement disponible!



Maison: Serge Lutens (gamme exclusifs Salons et temporairement gamme export)
Créateur: Christopher Sheldrake et Serge Lutens
Année de création: 1998
Famille: oriental

Disponible: en Eau de Parfum, flacon 75 ml, uniquement aux Salons du Palais Royal Shiseido et en ligne sur le site des Salons (110 EUR); temporairement en vapo 50 ml (95 EUR), en parfumeries sélectionnées.



Images: Fragrantica, Wikipedia, Senteurs d'Ailleurs

[Avis] Pure Oud - By Kilian

lundi 14 septembre 2009
Depuis quelques temps, l'oud est à la mode. La majorité de la gamme des Montale lui avait ouvert la voie il y a quelques années, et M7 d'Yves Saint Laurent avait élargi la brèche au marché grand public en 2002. Et aujourd'hui, c'est la déferlante: Montale toujours, mais aussi Tom Ford, Le Labo, Juliette Has A Gun, Comptoir Sud Pacifique, Bond N°9, bientôt L'Artisan Parfumeur et jusqu'à Caron et Guerlain, pas une ligne de niche qui n'échappe à la tendance!

C'est que la matière, aussi connue sous le nom de bois d’agar ou bois d’aloès, et prisée depuis longtemps dans la parfumerie arabe, est tout un parfum à elle seule: c'est un bois puissant, chaud et exotique, tout à la fois fumé et balsamique, affirmé et pointu, qui m'évoque une couleur rouge vif tout juste assombrie.

By Kilian, quintessence de la marque de niche, se devait d'en proposer son interprétation., en soli-note, ici encore composée par Calice Becker. Et c'est dans une nouvelle gamme, baptisée pour la circonstance "Arabian Nights", que paraît Pure Oud. Une fragrance plus exclusive encore que celles de L'Oeuvre Noire: elle n'est pas même présentée sur les comptoirs de chez Kilian, il vous faudra demander explicitement à sentir le précieux élixir...


Composition: safran, oud, baume de copahu, cypriol, labdanum, myrrhe, notes animales
 


Pure Oud commence sur un...cuir.
C'est une belle note de cuir, souple, chaleureuse et très nettement modulée de safran qui ouvre la danse, laquelle note vient apporter un heureux écho à la facette cuirée de la matière-phare de la fragrance, qui arrive progressivement: l'oud. Et quel magnifique oud que voilà! Loin du char d'assaut des Montale, il joue ici de finesse, ce qui est un beau tour de force pour une matière si puissante.

Toutes les caractéristiques du bois précieux se dévoilent peu à peu, à mesure que le cuir se retire graduellement, et cet entrechat joue d'envolées chaudes et sèches, résineuses et baumées, la facette nettement fumée du oud soulignée, semble-t-il, de bois de gaïac. Une touche très légèrement animalisée est effectivement perceptible en fond, mais elle reste restreinte.


Pure Oud est une ode tout entière à la précieuse matière: c'est elle, et elle seule, qui est l'étoile de ce ballet. Mais si les autres notes viennent tout juste la nuancer savamment et la sublimer, ce traitement du bois de oud évite l'écueil, presque général, du surdosage qui écrase tout sur son passage. Ce Kilian, sombre et raffiné, prouve qu'il était possible de traiter le oud tout en finesse et en sophistication.
 


Maison: By Kilian
Créateur: Calice Becker
Année de création: 2009
Famille: oriental boisé
Disponible en eau de parfum, vapo 50 ml (295 EUR). Sur demande, en points de vente sélectionnés.

[Avis] Back to Black (aphrodisiac) - By Kilian

dimanche 6 septembre 2009
Depuis le début, le nom des fragrances de L'Oeuvre Noire de Kilian jouaient sur la sensualité et la séduction. Ici, on entre réellement dans le vif du sujet: ce nouvel opus, Back to Black, se proclame ouvertement "aphrodisiaque"...

Création de Calice Becker comme la majorité des fragrances de la gamme, Back to Black, annoncé comme mixte, s'inscrit dans la ligne directrice de L'Oeuvre Noire, qui semble toujours flirter peu ou prou avec le registre orientalisant-gourmand.


Composition: bergamote, géranium, muscade, safran, cardamome, coriandre, framboise, camomille bleue, absolue miel, oliban, cèdre, chêne, accord tabac, patchouli, benjoin, absolue tonka, vanillle, amande, labdanum


Pas facile de décrire ce nouveau Kilian, puisqu'il semble manifestement varier beaucoup selon les peaux....

Sur moi, les épices sèches, touchées de la menue amertume de la bergamote, s'épanouissent largement en tête. Puis arrive la note qui est, sur ma peau toujours, la plus évidente dans Back to Black, et qui n'est pas reprise dans la composition officielle: un fruit sombre, confit, qui tiendrait à la fois du pruneau et de la cerise noire pâtissière. L'impression d'ensemble est très sucrée, riche, liquoreuse et assez gourmande, mais sur le mode sombre. Ce pruneau-cerise, souligné d'amande, est encore ombré d'un voile d'épices qui se font diaphanes, cardamome légère en tête, et ne le nuancent plus que délicatement.

Les accents les plus liquoreux s'estompent ensuite pour laisser place à une note compacte de tabac nettement aromatisé (un tabac à shisha plus qu'un tabac blond ou même qu'un Amsterdamer), une note toujours sucrée et assez plate, à mon goût. Le miel annoncé se devine en filigrane, un miel sombre et liquide qui vient étayer sur la pointe des pieds le tabac douceâtre, toujours teinté de cerise noire.

Au fil du temps, c'est la note de tabac miellé qui va finir par dominer, mais toujours en sourdine, sans la richesse ni le corsé d'un Fumerie Turque de Lutens...


Les premiers avis avaient fait paraître Back to Black absolument irrésistible, un Tabac Blond plus riche, sucré de miel - bref, l'oriental parfait! Hélas, son évolution relativement monocorde, sur moi, rappelle plutôt la tarte aux cerises, mâtinée d'un Fumerie Turque affadi et saupoudrée de l'exclusif Tobacco Vanille de Tom Ford, mais avec moins de nuances que l'un et que l'autre - l'écriture de Back to Black semble très fine, subtile, mais sur moi, elle pèche par excès de retenue: sur ma peau toujours, c'est un beau parfum, mais au final sans relief, et loin de la merveille que j'espérais. Que j'envie ceux sur qui la note de tabac s'épanouit réellement et prend de riches accents miellés!
A essayer absolument sur la peau avant de procéder à un coûteux achat...




Maison: By Kilian
Créateur: Calice Becker
Année de création: 2009
Famille: oriental vanillé / gourmand
Disponible en eau de parfum/extrait, vapo 50 ml (165 EUR), à recharger pour 69 EUR; aussi en format fontaine d'1 litre (2000 EUR) rechargeable pour 1380 EUR.
En points de vente sélectionnés et bientôt en ligne sur le site de Kilian.


Images: Lucky Scent; Joseph Nash, The Indian Hookabadar (Fine Arts Museum of San Francisco)






[Avis] Eau de Shalimar - Guerlain

jeudi 3 septembre 2009
En 1925 naquit Shalimar, le parfum légendaire de Guerlain.

Sous l'ère LVMH, celle des flankers, vinrent s'y ajouter Shalimar Eau Légère (2003), créé par Mathilde Laurent, une version plus "jeune", plus hespéridée, puis  Shalimar Light (2004), la même fragrance, mais revue et corrigée par Jean-Paul Guerlain. Et enfin, c'est encore à Mathilde Laurent qu'est attribuée la composition de cette troisième version légère de Shalimar, sortie en 2008: Eau de Shalimar (ce qui est d'ailleurs plutôt curieux, puisqu'elle avait quitté la maison depuis plusieurs années, mais il est vrai que les créateurs des originaux sont souvent, ensuite, crédités pour les différents flankers et déclinaisons).


Notes de tête: orange, bergamote, citron vert
Notes de cœur: rose, jasmin
Notes de fond: vanille, iris, notes balsamiques


Dans Eau de Shalimar, c'est la bergamote et une touche citronnée du glorieux ancêtre qui s'épanouissent au départ, sous lesquelles se laisse deviner la vanille, autre matière-phare de Shalimar. Monte ensuite, alors que la bergamote se tempère, un épais bloc de racine d'iris, sec et crayeux, à mille lieues du merveilleux iris humide d'Après l'Ondée, tandis que la vanille reste toujours bien présente. L'opopanax de l'original, dont la senteur rappelle le Porto, s'y fait aussi plus marqué, nuançant la vanille irisée du fond.

Et... c'est tout.
Bergamote citronnée, racine d'iris, vanille, les trois acteurs se partagent tour à tour les premiers rôles, parfois simultanément, avec la vanille qui s'affirme le plus en fond, ponctuée toujours d'opopanax.

Ce serait peu dire que l'évolution d'Eau de Shalimar est simpliste... mais elle n'est, ma foi, pas désagréable du tout. En fait, je doute que cette fragrance s'adresse à la même clientèle que celle de Shalimar, même si elle venait à en souhaiter une version allégée pour l'été: Eau de Shalimar n'a à vrai dire plus grand chose à voir avec son ancêtre, bergamote et vanille mises à part (et encore, en version bien atténuée!); dépouillée de sa complexité, de toute sa richesse, elle en devient une senteur légère, agréable et très facile à porter, peut-être sans grand intérêt dans l'histoire de la parfumerie, mais très plaisante, avec un sillage adéquat et une très bonne rémanence.

Les ferventes de Shalimar crieront probablement au scandale, les autres pourront beaucoup apprécier cette mignonne petite vanille irisée-hespéridée. Luca Turin la juge "à éviter à tout prix"; personnellement, j'aime suffisamment sa simplicité pour l'avoir portée très souvent cet été... à vous de juger!



Maison: Guerlain
Créateur: Mathilde Laurent (?)
Année de création: 2008
Famille: oriental vanillé
Disponible en Eau de Toilette, vapo 50 ml (60 EUR), ainsi qu'en vapo 75 ml (75 EUR) en édition limitée "Fleurs de Shalimar". En parfumerie.


 

[Avis] L'Eau Ambrée - Prada

lundi 31 août 2009
Voici donc le dernier lancement de Prada, une sortie particulièrement cohérente qui se place au confluent des deux tendances récentes de la maison: d'une part les deux Infusions, d'Iris et de Fleur d'Oranger, de l'autre les différentes déclinaisons autour du thème de l'ambre: l'eau de parfum éponyme, Intense, Amber Pour Homme.

Et d'emblée, L'Eau Ambrée révèle sa filiation: paradoxalement, dès lors qu'on parle d'ambre, elle présente la même limpidité que les deux belles Infusions qui l'ont précédée - elle a d'ailleurs été créée par la même compositrice, Daniela Andrier (Gucci éponyme, Angélique Noire de Guerlain). Deuxième curiosité: ce n'est justement pas ici le fameux accord oriental qui est à l'honneur, mais la senteur bien plus rare de l'ambre gris, traitée tout en transparence.


Notes de tête: citron, cédrat
Notes de cœur: rose de mai, ambre
Notes de fond: patchouli, opopanax, vanille



C'est un beau bouquet hespéridé qui ouvre L'Eau Ambrée, l'acidité des agrumes rejoignant la verdeur des feuilles, nuancée d'une pointe d'amertume, avec d'infimes accents aromatiques. Quel plaisir que de retrouver des notes de tête qui échappent aux fruits et à la louche de sucre!
Arrive bientôt la senteur caractéristique de l'ambre gris, chaleureuse, délicatement sensuelle et légèrement salée - les amateurs de L'Eau des Merveilles d'Hermès, dans toutes ses déclinaisons mais en particulier dans la concentration extrait, la reconnaîtront immédiatement, bien qu'elle soit traitée ici avec beaucoup plus de mesure, et sur un mode résolument non sucré.


Passées ces notes de tête, particulièrement délicates mais durables, l'ambre gris s'affirme avec de plus en plus de vigueur, sur un lit qui tient du bouquet fleuri classique, assez en retrait, et d'une couche de daim souple, racé. L'ensemble a le chic d'un Sublime de Patou, mais avec un peu plus de retenue, une élégance qui surprend agréablement au sein des dernières sorties...

Patchouli, opopanax, vanille: sur le papier, les notes de fond paraissent très orientales, mais elles se traduisent en fait par une note boisée chaleureuse, qui vient enrober le cœur d'ambre gris, l'adoucissant par petites touches et le sucrant presque imperceptiblement. La note-phare de la composition reste évidente tout au long de la (bonne) tenue sur la peau, s'atténuant en decrescendo dans les notes de fond mais toujours bien présente.


L'Eau Ambrée serait-elle la bonne surprise de cette rentrée? Ce nouveau Prada est un vrai bonheur pour les amoureux de fragrances d'allure classique, avec son élégante évolution ambrée-fleurie, mais il y ajoute une légèreté fraîche et limpide qui le modernise. Et la sensualité délicate de son sillage le rend plus attirant encore...



Maison: Prada
Créateur: Daniela Andrier

Année de création: 2009
Famille: floral - oriental
Disponible en Eau de Parfum, vapo 30 ml (55 EUR), 50 ml (69.50 EUR) et 80
ml (93 EUR), en parfumerie dès le 7 septembre. Une gamme de produits dérivés sera disponible.



Image: Neiman Marcus, Ambergris.co.nz


[Avis] Cuir Venenum (03) - Parfumerie Générale

jeudi 27 août 2009
S'il est une chose qu'on ne peut reprocher aux fragrances de la Parfumerie Générale, c'est bien de manquer d'originalité. Les accords sont généralement connus, mais combinés de manière bien souvent inédite, composant ainsi des jus qui ne peuvent que ravir les amateurs de sensations olfactives nouvelles.

C'est particulièrement vrai pour Cuir Venenum, un étrange parfum qui se proclame "cuir fleuri oriental érotisé", pas moins! Il s'agissait ici de féminiser le genre cuiré, de lui donner une luminosité nouvelle...



Notes de tête: agrumes, absolue fleur d'oranger, aubépine
Notes de cœur: cuir, tamanol, polyalcools de noix de coco
Notes de fond: cèdre Maroc, muscs, miel, myrrhe

Le résultat?
Après le rapide passage d'un éclair de feuilles d'agrumes arrive une puissante senteur, profondément étrange, qui tient des oranges confites bien plus que de la fleur d'oranger, lesquelles orangettes auraient été servies à côté d'un verre... d'hydromel.

Aussi incroyable que cela paraisse, Cuir Venenum sent effectivement la bière (!), une bière brune, très nettement mêlée de miel liquide, qui jouxte cette note de zeste d'orange confit. L'effet olfactif est tout à fait surprenant, et à mille lieues du cuir orientalisant promis...

A vrai dire, comme l'allusion olfactive à l'hydromel ne m'incommode pas, j'ai rapidement trouvé cet accord réellement addictif, tout curieux qu'il soit. Il parvient à être tout à la fois riche, luxuriant, fruité, sucré sans excès, avec une petite touche et d'acidité, et d'amertume (la bière toujours!)... la note de cuir se devine, mais bien difficilement, noyée qu'elle est sous cet accord.

L'évolution sur la peau va concentrer la facette orange, qui va se sucrer au point de prendre de franches allures de bonbon, tandis que l'aspect hydromel va passer en retrait et le cuir... disparaître.


Quel étrange parfum que ce Cuir Venenum, et qu'il est mal nommé! Cet hydromel à l'orange n'a rien de vénéneux, et n'offre que bien peu de cuir; du féminin lumineux et "érotisé" annoncé, point de trace... pour trouver une réelle référence cuirée chez la Parfumerie Générale, mieux vaut se tourner du côté du confidentiel Cuir d'Iris. Mais en laissant ses attentes de côté, et une fois la surprise passée, ce troisième volume de la gamme se révèle étonnamment attirant, une curiosité olfactive à la tenue irréprochable et qui ne manque pas d'intérêt...


Maison: Parfumerie Générale
Créateur:
Pierre Guillaume
Année de création: 2003
Famille: cuir, fruité, oriental
Disponible en Eau de Parfum, vapo 50 ml (95 EUR) et 100 ml (125 EUR), en points de vente sélectionnés.



Images: Luckyscent, Dining for Two


[Avis] Un Jardin en Méditerranée - Hermès

lundi 24 août 2009
Voici le premier-né de la série des Jardins d'Hermès - qui n'était d'ailleurs pas, au départ, conçue comme une collection. En 2003, après l'énorme succès de l'Eau d'Orange Verte (création de Françoise Caron), le sellier parisien voulait lancer une autre fragrance dans le même esprit. Il n'y eut pas de "brief", ce cahier-des-charges/appel-d'offre marketing dont font couramment usage, aujourd'hui, les maisons de parfum, mais simplement l'idée d'un jardin en Méditerranée, invitation à visiter le jardin tunisien de la directrice artistique d'Hermès à l'appui.
La proposition de Jean-Claude Ellena fut retenue, une épure aux 26 composants à peine, parfaitement mixte, qui portait la signature limpide du maître - et le succès fut au rendez-vous. L'année suivante, le Grassois recevait la proposition de devenir le nez attitré de la maison...


Notes de tête: bergamote, fleur d’oranger
Notes de cœur: lentisque, laurier blanc, figue
Notes de fond: figuier, cèdre rouge


A l'entrée de ce Jardin souffle une bourrasque de bergamote, verte et amère, qui rappelle l'ouverture des Eaux de Cologne traditionnelles. Mais elle est mêlée de... feuilles de tomate? La note n'est pas reprise dans la composition officielle, mais elle est assurément très présente, donnant à ce jardin des allures de potager au premier abord.

A mesure que le vert de tomate s'estompe, il vient intimement se mêler à une senteur intense de figuier. Toutes les facettes de l'arbre y sont représentées: il y a là la sève douce-amère et lactée de ses feuilles, et l'arôme rouge sombre de ses fruits, qui le sucre à peine, et très brièvement. L'ensemble, sans être véritablement frais, évoque une ombre bienfaisante...

Cet accord de figuier, qui va se prolonger pendant la majorité de la tenue sur la peau, sera rejoint au fil du temps par une note boisée, qui se renforce avec le temps - et malgré tout son sillage, elle restera translucide, dans la manière de J.-C.Ellena. Le lentisque, avec ses accents térébenthinés, arrive au milieu des notes de cœur pour leur apporter une certaine profondeur.

Ce sont ces accords verts-boisés, teintés d'une nuance aqueuse, qui vont se prolonger et se réchauffer légèrement, sans plus la moindre trace fruitée, en fin de tenue - moyenne, mais plus que satisfaisante pour cette concentration.


"Parfum d'ombre et de lumière"? Pari réussi avec ce Jardin en Méditerranée, qui allie à la luminosité de ses notes hespéridées et aquatiques une senteur de figuier caractéristique, âme de la fragrance, qui recrée autour d'elle une aura ombragée... ce qui fait de ce Jardin un délicieux parfum d'été, un vrai bonheur à porter par les grandes chaleurs! Dans la lignée de l'Eau d'Orange Verte de la maison, mais en en dépassant les limites hespéridées, cette belle composition allait marquer l'image des parfums Hermès. Désormais, ce serait ce style épuré et limpide, signature de J.-C. Ellena, qui y donnerait le ton...


Maison: Hermès
Créateur: Jean-Claude Ellena
Année de création: 2003
Famille: floral-aquatique, hespéridé
Disponible en Eau de Toilette, vapo
100 ml (87 EUR). Une gamme de produits dérivés est disponible. En parfumerie.


Image: Hermès


[Avis] Iris Ganache - Guerlain

vendredi 21 août 2009
Avant d'y entrer comme parfumeur-maison, Thierry Wasser n'était pas tout à fait étranger à Guerlain: outre le très exclusif Quand Vient la Pluie, il avait également créé, en collaboration avec Sylvaine Delacourte, le cinquième parfum de la non moins exclusive collection "L’Art et la Matière": Iris Ganache. Un parfum qui "met l’eau à la bouche, enveloppe tel un pashmina et laisse un sillage poudré d’une élégance extrême"...


Notes de tête: bergamote, cannelle
Notes de cœur: chocolat blanc, beurre d’iris, patchouli, cèdre
Notes de fond: ambre, vanille, musc, notes poudrées


De la bergamote? Ce que je sens, au départ d'Iris Ganache, c'est surtout l'arôme de carotte râpée de l'iris, tout juste teinté de cannelle en sotto voce. Mais si cette carotte est effectivement détectable, elle l'est nettement moins que dans beaucoup de soliflores iris: elle s'atténue très tôt pour venir se reposer joliment sur le lit moelleux des notes de cœur, dont l'onctuosité vient tempérer la froideur parfois hautaine de la fleur toscane.

Après une heure environ, si l'iris garde encore un peu de la merveilleuse fraîcheur humide d'Après l'Ondée, il s'est déjà feutré, et va poursuivre sur cette voie. Les notes annoncées en cœur paraissent, sur le papier, très gourmandes, mais dans la réalité, elles ne s'avèrent d'abord qu'à peine sucrées. Seul s'affirme vraiment, en cœur, le poudré crémeux du beurre d'iris, qui se voile de menues allures de violette blanche.

Il va pourtant évoluer vers un fond si pas encore ouvertement gourmand, du moins chaleureux, un peu ambré et surtout vanillé, au final bien dans le ton de la maison et d'ailleurs peut-être plus "Guerlain" que les autres références de la collection L'Art et la Matière. Ce n'est qu'en fin de tenue - moyenne - que ce fond va se sucrer considérablement autour des dernières traces d'iris, et ce qui était jusqu'alors délicate retenue va virer vers la fadeur.


Les avis semblent avoir été plus que mitigés pour ce cinquième opus de la collection. Pourtant, Iris Ganache est, malgré le relatif manque de subtilité de son crépuscule sucré, un très, très beau parfum, aux belles matières travaillées tout en finesse. Pendant la majorité de sa tenue sur la peau, la fragrance laisse effectivement un délicieux sillage irisé-ambré qui ne manque pas de chic - façon cocotte -, et propose un traitement somme toute assez inhabituel de l'iris, fleur généralement déclinée, quand elle est aux premières loges, sur le mode froid.




Maison: Guerlain
Créateur: Thierry Wasser et Sylvaine Delacourte
Année de création: 2007
Famille: oriental-boisé
Disponible en Eau de Parfum, vapo 75 ml (175 EUR), exclusivement dans les boutiques et espaces Guerlain.


Images: Jet Avenue, SiboSibon


[Avis] Parisienne - Yves Saint Laurent

mardi 18 août 2009
Chez Yves Saint Laurent, on sait capitaliser sur le succès. Chaque année, Paris, l'un des - si pas le- parfum-phare de la maison, se voit décliné en une nouvelle variante éphémère, qui accompagne son aîné le temps d'une saison. Cette fois, on dépasse le simple flanker: nouveau flacon, nouveau nom, Paris devient Parisienne.


Notes de tête: accord vinyle, cranberry, mûre
Notes de cœur: rose de Damas, violette, note poudrée, pivoine, cuir
Notes de fond: patchouli, vétiver, santal, musc


Dès la vaporisation, il est pourtant évident que la nouvelle petite sœur marche sur les traces de son aîné: ce départ de rose intense rappelle immanquablement Paris... mais un Paris rajeuni d'une touche fruitée très franche. Les notes de cranberry et de mûre annoncées se fondent en une jolie teinte "fruits rouges" qui évoque, curieusement, une fraise des bois juteuse.

Passées les notes de tête, la rose s'affirme, sucrée, et partage les premiers rôles avec la violette, qui se fait bien plus présente que dans Paris. Et cet "accord vinyle"? Il est bel et bien là, et il est plus que curieux. A mon nez, il a l'odeur ammoniaquée-solvant, et désagréable au possible, des... colorations pour cheveux! Mais, ma foi, j'en viendrais presque à l'apprécier - voilà au moins de la nouveauté, et qui différencie Parisienne de nombre de jus insipides qui vont assurément continuer à affluer pour cette rentrée... à noter que cet accord se fait nettement plus présent sur mouillette que sur la peau, où il reste relativement discret.

La rose puis la violette finissent par se diluer dans un lit floral poudré, qui s'essouffle tout à fait en un fond malingre, fond qui arrive trop vite en ne laissant plus sur la peau que quelques traces sucrées-boisées, tout juste teintées de vétiver.


Résolument axée "jeune" avec ses puissants fruits rouges en tête, Parisienne se distingue nettement de Paris, bien plus que les habituels flankers du parfum emblématique d'Yves Saint Laurent. Ceci dit, jus fleuri-fruité à peine boisé, il ne se démarque pas vraiment de la cohorte de ses congénères, mis à part le fameux accord vinyle qui lui donne sa seule vraie touche d'individualité. Au final, une fragrance jolie, mais peu mémorable.


Maison: Yves Saint Laurent
Créateur: Sophia Grosjman et Sophie Labbé
Année de création: 2009
Famille: floral-boisé
Disponible en Eau de Parfum, vapo 30 ml (45 EUR), 50 ml (62 EUR) et 90 ml (79 EUR). Une gamme de produits coordonnés est disponible.


Image: Le Figaro Madame


[Avis] Cuir d'Iris - Parfumerie Générale

samedi 15 août 2009
Parmi les références cuirées de la collection de la Parfumerie Générale, fragrances de niche composées par Pierre Guillaume, voici celle où le cuir est peut-être le plus mis en évidence, et avec le moins de compromis: Cuir d'Iris.


Composition: cardamome, iris Old Black, cuir, bois, vétiver, tanin de palétuvier, ambre, encens

Du cuir, du cuir, du cuir!

Cuir d'Iris, quelles que soient ses notes de tête, commence par un beau cuir fumé, franc, sec, quelque peu végétal mais surtout puissant, sans toutefois vous prendre à la gorge avec tout le poids de sa virilité comme certains membres de cette famille olfactive. Seule une petite touche de cardamome ose l'accompagner.

Après quelques minutes sur la peau, le côté fumé commence à s'émousser, et déjà, l'iris amène sur la pointe des pieds sa touche poudrée. A mesure de son évolution, la note-phare de Cuir d'iris se fait plus souple, puis enfin devient véritablement moelleuse, tout en continuant à s'afficher en amère protagoniste. Une petite facette à peine médicinale vient d'ailleurs la ponctuer discrètement de temps à autre. Au fil du temps, pourtant, quelques notes gourmandes, encore timides, commencent à apparaître... beurre d'iris et menue note cacaotée: le cuir s'épanouit sur un lit qui prend, de loin, la tournure de l'onctueuse mais discrète gourmandise de l'Iris Ganache de Guerlain.

La note cuirée va persister longtemps, s'amenuisant avec le temps pour laisser place à un fond ambré-boisé, chaleureux, qui prend cette fois de lointaines allures d'un autre cuir, celui-ci... mauresque.


Dans la collection de la Parfumerie Générale, Cuir d'Iris détonne quelque peu: il est un peu plus "classique", et la tonalité plus ou moins gourmande que l'on rencontre dans nombre d'autres références de la maison s'y fait particulièrement calme et mesurée, brodant le cuir sans jamais le surmonter. Sec et chaud, réaliste au possible, Cuir d'Iris mérite toute l'attention des amateurs de parfums cuirés - et que les amoureux de l'iris seul ne s'y méprennent pas, ce n'est pas ici un parfum pour eux! Mais ainsi entrelacées, les deux matières éponymes de la fragrance forment un bien beau couple...



Maison: Parfumerie Générale
Créateur:
Pierre Guillaume
Année de création: 2008
Famille: cuir
Disponible en Eau de Parfum, vapo 50 ml et 100 ml, moyennant code d'accès (sur demande) sur le site de la Parfumerie Générale.




Images: Luckyscent; iris Old Black Magic: Euphorbia