[Avis] Vega - Guerlain




Fasciné par l'immensité de l'univers, Jacques Guerlain aimait, paraît-il, l'astronomie. Est-ce pourquoi il a donné à ce floral aldéhydé le nom de Véga, la belle étoile bleutée de la constellation de la Lyre (α Lyrae) et l'une des plus brillantes du firmament?

Cette création de 1936 avait déjà, après une première éclipse, fait un bref retour en 1997, en série limitée, dans un flacon Baccarat. Et en 2005, c'est Vega qui fut choisi pour inaugurer Il était une fois Guerlain, la collection de rééditions de classiques disparus de la maison.

Pour cette nouvelle réédition, la fragrance a été recomposée par Jean-Paul Guerlain.


Notes de tête: aldéhydes, fleur de cassie, bergamote
Notes de cœur: jasmin, ylang ylang
Notes de fond: santal, iris, note ambrée vanillée
[plus, d'après d'autres sources: fleur d'oranger, œillet, rose, bois de rose]



Vega commence par une note aldéhydée vive et éclatante, avec un effet savonneux nettement marqué, un peu métallique et très poudré. S'y mêlent alors une note soutenue d'ylang ylang, particulièrement présent, et un bel absolu jasmin. La facette de ce jasmin qui, parfois, me semble assez indolique reste tempérée par les aldéhydes et par une rose discrète.

Incidemment, j'avais un jour senti des fleurs fraîches de magnolia étoilé, et leur parfum m'a fortement rappelé ce premier stade du cœur floral de Vega. Illusion olfactive, manifestement, mais l'effet était curieux!

L'alliance ylang-ylang/jasmin domine pendant quelques temps, avec une allure générale de floral blanc classique, élégant, poli comme le marbre. Tandis que les aldéhydes s'adoucissent, l'iris, qui donne à Vega ce beau fini poudré, va s'accentuant, mais reste délicat, sans jamais exhiber son côté carotte/terreux.

A mesure que la belle et froide étoile avance vers ses notes de fond, elle se réchauffe, s'orientalise doucement, pour composer un tableau qui conserve le fleuri du jasmin et de l'ylang, mais y ajoute surtout une base vanillée et poudrée, légèrement sucrée et nuancée de santal, d'un crémeux absolument divin. Tout juste est-elle tempérée par une touche de vétiver... J'ai, il est vrai, une prédilection pour les notes de fond, mais celles-ci sont particulièrement séduisantes. Et la rémanence étant très bonne pour une concentration eau de toilette, elles séduisent longtemps!


Cette réédition de Vega, revue par J.-P. Guerlain, est-elle fidèle à l'original?
Je l'ai comparée avec un flacon d'eau de toilette d'au moins 40 ans d'âge pour en avoir le cœur net.
Verdict: les deux versions sont à mon nez bien proches, une fois passées les notes de tête (qui se sont peut-être d'ailleurs modifiées dans le vintage!).
L'original s'ouvre sur des aldéhydes qui, bien que toujours nettement savonneux, sont plus moelleux, plus doux, tandis qu'ils semblent perçants dans la réédition. La rose se fait aussi plus présente dans l'original, le santal et le fond crémeux vanillé s'y révèlent plus vite.
Si le nouveau Vega, pris isolément, semblait marquer son âge, la comparaison permet de nuancer cette impression: la réédition, plus claire et plus brillante, semble effectivement modernisée, mais par petites touches imperceptibles.


Floral blanc aldéhydé d'allure classique, avec toute l'élégance et la sophistication que cela suppose, Vega a clairement quelque chose du N°5, référence du genre. Si sa beauté marmoréenne un peu distante détonne par rapport à ce que l'on associe généralement à la maison, son fond vanillé est pourtant infiniment Guerlain. Il semble d'ailleurs que Chamade garde quelques traces de cette belle étoile...
Je trouve personnellement Vega très beau, mais il ne me semble malgré tout pas atteindre les sommets des plus belles créations de Jacques Guerlain. Donnez-moi plutôt du Sous le Vent!
Les amoureux du N°5 et de sa famille olfactive pourraient par contre être bien vite conquis...



Maison: Guerlain
Créateur: Jacques Guerlain
Année de création: 1936 (réédition: 2005)
Famille: floral aldéhydé, fleuri poudré
Disponible en Eau de Toilette, flacon 125 ml (210 EUR), exclusivement dans les boutiques et espaces Guerlain.



6 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci pour cette belle évocation, aurais je la chance de sentir cette réédition? En effet, je compte me rendre chez Guerlain sur les champs E. fin août. J'aimerais tester les rééditions dont Voilette de Madame, Sous le vent, j'ajoute Véga à ma liste. Je ne suis pas bien au courant de ce qui a été réédité, mais je verrais sur place je pense.

Anonyme a dit…

Pour tester les rééditions pas de soucis surtout sur les champs ou vous avez même un petit méchanisme de chambre à parfum pour les 4
(sous le vent, véga, Kadine et cachet jaune)

Sachant que seuls deux d'entre eux sont commercialisé en réédition.

D'abord quel courage pour ouvrir un flacon de réédition ... moi j'ai toujours pas pu ... mais bon passons.

Le probleme de véga (et de Liu)c'est que Channel propose des chef d'oeuvre dans cette zone.
Pour le même prix (la réédition ou Liu encore dispo en collection parisienne) on aura une grosse bouteille d'un des exclusifs et le numéro 22 pointe son nez.

Mais je trouve intéressant de montrer toute la gamme de travail de J Guerlain.
En effet si tous ces orientaux sont quasiment restés, ce n'était pas l'essentiel de son travail.

J Guerlain a surtout travaillé sur des soliflores qui sont aujourd'hui parti. Et son travail sur les Aldhéydes montrent que Guerlain a du (comme lancome et tous les autres) travailler avec la fraicheur unique de ses composés synthétiques.

Concernant un vintage (surtout avec les émeris).
Généralement même monstreusement bien scéllé, il y a toujours un peu d'évaporation.
Cette évaporation commence par le solvant (alcool) ce qui fait que le parfum vintage est toujours plus fort.
Mais la note de tête est en premiere ligne pour s'évaporer.
Généralement un vintage et un moderne qui se ressemblent ont une note de tête tres différente et se rejoignent sur le corps et le coeur.

Six' a dit…

Sans aucun doute! A la boutique des Champs, Vega et Sous le Vent sont disponibles en grande bouteille dorée, devant les niches "micro-ondes" (c'est à l'étage, sur la droite en entrant). Et dans ces niches, vous DEVEZ ABSOLUMENT (si, si, c'est un ordre! ;)) sentir mes Cachet Jaune et Kadine bien-aimés, dont la réédition n'est malheureusement pas encore à l'ordre du jour... il y a aussi Ode, un beau floral qui, lui, est annoncé pour un avenir plus ou moins proche.

Dans les rééditions, vous pouvez aussi trouver Liu, un autre floral aldéhydé de 1929, dans la collection "Les Parisiennes" (grandes bouteilles de type abeille), juste à côté des niches.

Voilette de Madame est exposé, mais je n'ai jamais pu le sentir... par contre, dans la pièce du fond, vous pouvez essayer la réédition de Candide Effluve, un beau lilas-ylang de 1922... mais la réédition est malheureusement hors de prix!

Six' a dit…

A,

Justement, je trouve que l'effort de Guerlain est vraiment louable! Puisque les vintages ne sont pas facilement accessibles (euphémisme), ressortir de grands parfums disparus, c'est un beau cadeau pour les amoureux de beaux parfums... à condition que les jus ne subissent pas de lifting agressif, c'est sûr!

Je dois dire que pour moi, pouvoir essayer le mythique Sous le Vent était en tout cas un vrai bonheur, et j'ai fini par casser ma tirelire! ;)

Maintenant, pour le cas spécifique de ces aldéhydés, on peut comparer Vega et Liu aux grands Chanel, c'est sûr... soutiennent-ils la comparaison? Beaucoup d'aficionados de Guerlain semblent le penser. Moi, je ne me prononcerai pas, ce n'est pas ma famille de prédilection et je n'ai pas Liu et le N°22 "dans le nez" pour l'instant...

Ceci dit, j'aurais de loin préféré une réédition plus accessible de Djedi ou de Candide Effluve, plus différents, moins classiques...

Merci de cette précision sur les vintages! Il me semblait bien que, justement, la note de tête devait se gâter en premier... et j'ai aussi lu que les aldéhydes tendaient à être un peu instables au départ? Ca expliquerait en tout cas la différence entre la réédition de Vega et mon échantillon ancien...

Anonyme a dit…

merci pour ces conseils, en fait je veux surtout les découvrir ;) mais acheter ? à moins d'un énorme coup de foudre...mais déjà découvrir ces parfums mythiques me procurera un plaisir intense. Je connais déjà Liu, mais Sous le vent, Kadine et Cachet jaune m'intriguent à un point.
J'ai récupéré un vintage Shalimar en extrait flacon baccara, je ne sais pas de quelle année il peut être. Entierement scellé dans sa boite velour mauve, une sorte de timbre sous le flacon avec 2 n°et des trucs illisibles tellement c'est petit et clair (timbre couleur jaune orangée?). Environ un tiers du jus evaporé (la part des anges)mais pas tout à fait, et surtout la comparaison par rapport à mon extrait actuel.
J'adore l'extrait actuel, je le trouvais fabuleux mais après avoir descellé et testé le "vintage", ah lala, c'est autre chose, plus d'animalité dans le parfum, il est cuiré presque musqué sur la fin, la vanille y est moins "artificelle" je dirais maintenant, le jus est sombre, d'un brun fauve, sirupeux...alors si toutes les anciennes créations sont d'une telle beauté, je risque de ne pas m'en remettre ;)

Anonyme a dit…

C'est surtout que le tier évaporé était certainement que du solvant et un peu de note de tête.

Il est clair qu'apres vous avez un parfum encore plus concentré. Alors attention ca dégage clairement.

Surtout que Shalimar est pas vraiment de la discrétion.