Non capite un cazzo, questa è avanguardia, pubblico di merda!
La bienséance m'interdit de traduire en bon françois ces paroles ailées du punkoïde Roberto "Freak" Antoni, mais elles seront suffisamment transparentes pour le locuteur de notre belle langue.
C'est que, si vous soumettez La Treizième Heure de Cartier à un public de profanes habitués aux confiseries des Séphonnaud, la réponse risque d'être plus que mitigée (j'ai testé pour vous). Or, unanimement salué par la profession – et incidemment mon plus grand coup de cœur de l'année dernière –, c'est réellement un parfum exceptionnel. Avant-gardiste, certes, d'accès escarpé, je le concède, plus une odeur à sentir qu'un parfum à porter, on pourrait même s'aventurer à le dire, mais – exceptionnel.
La Treizième Heure, l'heure irréelle, l'heure de tous les possibles, est avant tout... fumée.
La fumée? Étymologiquement, c'est d'elle qu'est née le parfum aux origines, contraction de per- ("à travers") et de -fumare ("fumer, se propager"). Cette Heure est donc stricto sensu un retour aux sources mêmes de la parfumerie. Mathilde Laurent, sa créatrice, révèle d'ailleurs tout ce que ce jeu a de délibéré:
La fumée? Étymologiquement, c'est d'elle qu'est née le parfum aux origines, contraction de per- ("à travers") et de -fumare ("fumer, se propager"). Cette Heure est donc stricto sensu un retour aux sources mêmes de la parfumerie. Mathilde Laurent, sa créatrice, révèle d'ailleurs tout ce que ce jeu a de délibéré:
Par fumée, j'entends parfum.La fumée comme une fascination, à porter comme un piège avec préméditation.
On n'aurait pu mieux la résumer.
À la vaporisation, un bref scintillement hespéridé de bergamote joue les poudres aux yeux pendant quelques courts instants, mais la vraie nature de La Treizième Heure se révèle presque aussitôt: un formidable accord extrêmement fumé, aigu, très salé aussi. On sait que Mathilde, parmi ses inspirations pour cette Heure, a cité le thé Lapsang Souchong, et la ressemblance est effectivement vive, soulignée par les relents de thé tabacé-foin-herbacé du maté... mais il faut aussi et surtout y ajouter une solide dose de bouleau qui, avec ses facettes goudronnées-fumées-brûlées, est l'un des ingrédients de base des cuirs corsés d'antan.
Un cuir fumé, donc?
Oui... mais pas seulement. Dans ce bouquet rouge sombre, la créatrice a glissé l'une des plus belles, des plus complexes matières qui soient: le narcisse d’Auvergne absolue des Laboratoires Monique Rémy. Certains de ses accents – du foin doux, une touche verte, un arôme tabacé – s'affirment dans un cœur qu'elles éclaircissent, illuminent, s'exhalant à travers le halo salé, à travers la fumée qui se raréfie. Une autre des facettes du narcisse est très discrètement, mais distinctement présente: cette senteur d'épiderme de cheval qui sera reprise, et magnifiée, dans la future Heure Fougueuse, le pendant diurne, en quelque sorte, de cette Treizième Heure.
La fragrance avait commencé brasier ardent, tout feu tout flamme. Et comme les incendies, elle va s'amenuiser graduellement pour finir dans les murmures d'ultimes braises couvantes. Sous quelques dernières volutes de fumée se devine en fond la douceur à peine sucrée d'une vanille légère, tout près de la peau...
On a ponctuellement souligné, et à juste titre, la similarité d'esprit entre le Patchouli 24 d'Annick Ménardo pour Le Labo, et La Treizième Heure... mais je trouve la première plus brute, toute excellente soit-elle, là où Mathilde Laurent a travaillé en finesse. Quant à une éventuelle "inspiration", on sait que la formule de cette Heure était en gestation depuis des années, et je crois fermement, en l'occurrence, à la coïncidence de (très) bonnes idées.
Reste que La Treizième Heure est véritablement une fragrance d'exception, à la limite du conceptuel mais sans gesticulations emphatiques, composée avec beaucoup de retenue et de justesse. Difficile à porter au quotidien, c'est vrai (quoique je ne m'en prive guère ces derniers temps), mais pas importable.
Et plus que toute autre, peut-être, avec son rappel aux origines de l'art olfactif, elle souligne l'obscure magie unique au parfum – qu'un fluide tout juste teinté puisse faire naître et vivre autour de lui, impalpables, d'aussi extraordinaires exhalations.
À la vaporisation, un bref scintillement hespéridé de bergamote joue les poudres aux yeux pendant quelques courts instants, mais la vraie nature de La Treizième Heure se révèle presque aussitôt: un formidable accord extrêmement fumé, aigu, très salé aussi. On sait que Mathilde, parmi ses inspirations pour cette Heure, a cité le thé Lapsang Souchong, et la ressemblance est effectivement vive, soulignée par les relents de thé tabacé-foin-herbacé du maté... mais il faut aussi et surtout y ajouter une solide dose de bouleau qui, avec ses facettes goudronnées-fumées-brûlées, est l'un des ingrédients de base des cuirs corsés d'antan.
Un cuir fumé, donc?
Oui... mais pas seulement. Dans ce bouquet rouge sombre, la créatrice a glissé l'une des plus belles, des plus complexes matières qui soient: le narcisse d’Auvergne absolue des Laboratoires Monique Rémy. Certains de ses accents – du foin doux, une touche verte, un arôme tabacé – s'affirment dans un cœur qu'elles éclaircissent, illuminent, s'exhalant à travers le halo salé, à travers la fumée qui se raréfie. Une autre des facettes du narcisse est très discrètement, mais distinctement présente: cette senteur d'épiderme de cheval qui sera reprise, et magnifiée, dans la future Heure Fougueuse, le pendant diurne, en quelque sorte, de cette Treizième Heure.
La fragrance avait commencé brasier ardent, tout feu tout flamme. Et comme les incendies, elle va s'amenuiser graduellement pour finir dans les murmures d'ultimes braises couvantes. Sous quelques dernières volutes de fumée se devine en fond la douceur à peine sucrée d'une vanille légère, tout près de la peau...
On a ponctuellement souligné, et à juste titre, la similarité d'esprit entre le Patchouli 24 d'Annick Ménardo pour Le Labo, et La Treizième Heure... mais je trouve la première plus brute, toute excellente soit-elle, là où Mathilde Laurent a travaillé en finesse. Quant à une éventuelle "inspiration", on sait que la formule de cette Heure était en gestation depuis des années, et je crois fermement, en l'occurrence, à la coïncidence de (très) bonnes idées.
Reste que La Treizième Heure est véritablement une fragrance d'exception, à la limite du conceptuel mais sans gesticulations emphatiques, composée avec beaucoup de retenue et de justesse. Difficile à porter au quotidien, c'est vrai (quoique je ne m'en prive guère ces derniers temps), mais pas importable.
Et plus que toute autre, peut-être, avec son rappel aux origines de l'art olfactif, elle souligne l'obscure magie unique au parfum – qu'un fluide tout juste teinté puisse faire naître et vivre autour de lui, impalpables, d'aussi extraordinaires exhalations.
Notes de tête: bergamote, maté Notes de cœur: narcisse, bouleau Notes de fond: patchouli, notes fumées, cuir, vanille |
Maison: Cartier Créateur: Mathilde Laurent Année de création: 2009 Famille: boisé-chypré
Disponible en Eau de Parfum, vapo 75 ml (224 EUR), dans les grandes boutiques Cartier et aux Galeries Lafayette Haussmann.
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[impression personnelle] tenue ++- sillage ++- |
Images: Saks Fifth Avenue; Mehmet Turgut - My Loneliness in the Smoke III (photo, 2007, via DeviantArt).










