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[Parlons parfums] Prix Les Parfums 2011: le palmarès

[billet du 12 mai, reposté suite au crash de l'hébergeur]





La blogosphère ne bruit plus que de cela depuis une semaine, et vous l'avez certainement déjà lu chez plusieurs de mes confrères et -sœurs: jeudi dernier, les résultats du Prix Les Parfums 2011 sont tombés.

Comme l'an dernier, les catégories principales (meilleurs féminin, masculin, flacons,...) récompensaient les parfums de grande distribution (en Séphonnaud), tandis que d'autres prix (trois cette année) prenaient aussi en compte les parfums de niche. Si vous suivez un peu ces pages, vous savez quels lauréats j'attendais avec le plus d'impatience... d'autant que, ne faisant pas partie du jury cette année, la surprise était totale pour moi.

Verdict?
Le jury des spécialistes a retenu trois finalistes sur les parfums de niche sortis l'année dernière - et mes enfants, quels finalistes! Nuit de Tubéreuse, la merveilleuse fleur moite et racinaire de L'Artisan Parfumeur, une tubéreuse si différente, un travail époustouflant méritait absolument la palme. Sauf que... L'Heure Fougueuse, l'extraordinaire accord maté-cheval de Mathilde Laurent pour Cartier, tour de force d'une originalité folle et parfaitement portable, la méritait au moins tout autant. J'imagine que le doublé de La Treizième Heure l'an dernier la faisait partir avec un sérieux handicap.
Le troisième? Un vrai outsider, venu de la petite maison atypique État Libre d'Orange, et l'un de mes grands coups de cœur de 2010: Like This, envoûtant sillage de gingembre, de tarte au potiron, d'immortelle et de feu de bois, né sous le double patronage d'un mystique persan et d'une étrange actrice écossaise...


Et comme vous le savez probablement maintenant, David a finalement triomphé des deux Goliath. J'ai été stupéfaite, mais absolument ravie que cette si belle composition soit distinguée, bien que venue d'une petite maison souvent décriée, et bien que - un comble! - Like This puisse être considéré stricto sensu comme l'un de ces (généralement infâmes) "parfums de célébrité"... Pour moi, le Prix des Spécialistes a parfaitement joué son rôle en l'occurrence: attirer l'attention du grand public sur une création qui lui aura très probablement échappé, et qui mérite mille fois d'être découverte.

Mathilde Laurent avait réussi le doublé Prix des Spécialistes - Prix des Parfumeurs l'an dernier, et cette année, Mathilde Bijaoui réédite pratiquement l'exploit: non seulement Like This figurait dans les trois derniers finalistes du Prix des Parfumeurs, mais elle a aussi participé à la composition du vainqueur: Womanity de Thierry Mugler. Autre résultat qui m'a enchantée: certains l'ont voué aux gémonies, ce parfum, et il est sûr qu'il peut en révulser plus d'un... mais pour une fois qu'une grande maison ose encore prendre des risques, j'applaudis des deux mains.

Au centre, Étienne de Swardt (fondateur d'ÉLO) et Mathilde Bijaoui

Pour le reste... que dire, sinon que j'ai envie de pleurer?

Le public a été très nombreux à voter cette année: plus de 13.000 internautes se sont prononcés. Et leur jugement est sans appel: Belle d'Opium côté dames, Bleu de Chanel côté messieurs. Soit très précisément les meilleurs exemples à mon sens de ce qui pèche dans la parfumerie de grande distribution aujourd'hui. J'en ai déjà parlé à la rentrée, inutile de reprendre à nouveau mon fado.
La chose est d'autant plus désolante qu'une réelle alternative existe: figuraient parmi les nominés le très bon Voyage d'Hermès, Midnight in Paris de Van Cleef, la bonne surprise de la rentrée masculine, le tendre Love, Chloé, voire l'ovni Womanity pour les plus aventureux, mais... non.
Autant dire que l'industrie aurait tort de ne pas poursuivre sur sa lancée, puisque manifestement, le public en redemande.

Pour ma part, permettez-moi juste d'adresser mes plus chaleureuses félicitations à Mathilde Bijaoui, à toute l'équipe d'ÉLO et de Womanity, de me vaporiser d'un nouveau nuage de Like This et de goûter pleinement mon plaisir... 



Plus sur les coulisses du Prix des Spécialistes et photos de la soirée: sur Parfums, Tendances & Inspirations, sur AuParfum, et en anglais sur 1000Fragrances. Fantastique vidéo de la soirée sur Youtube!

[Tous mes remerciements à Y. d'avoir permis la résurrection de cette note!]

[Avis] Lily & Spice - Penhaligon's

Fondée en 1870, la maison Penhaligon's semble, à bien des égards, s'être arrêtée à cette date: ses soliflores délicats et romantiques dans leurs flacons mignards adornés de rubans, portant la marque de l'auguste patronage de LL.MM.RR., ne détonneraient pas dans un boudoir victorien.

Si, depuis son récent rachat, les choses semblent bouger, témoins les dernières sorties, Elixir le bel oriental et Amaranthine le "floriental corrompu", la majorité de la gamme reste peuplée de fleuris au charme délicieusement suranné.

Et que se passe-t-il quand la réalisation de l'un des derniers venus, un soliflore de lys, est confié à une créatrice, Mathilde Bijaoui (Fleur de Noël d'Yves Rocher, Pivoine d'Esteban), qui annonce raffoler des épices?

Le résultat, Lily & Spice, est un mariage idyllique entre les facettes puissamment fleuries et doucement épicées du lys, se fondant en ce qui est peut-être la plus belle recomposition de la fleur de lys actuellement disponible.


Notes de tête: lys blanc, safran
Notes de cœur: piment, clou de girofle
Notes de fond: musc blanc, patchouli, vanille, benjoin



Humer Lily & Spice, c'est plonger le nez au cœur d'un bouquet de lys blancs épanouis.

Dès le départ, c'est la senteur exacte de la fleur qui s'exhale. Son indicible suavité y est rendue fidèlement, sans l'alléger ni l'éclaircir: elle est présente dans toute sa puissante intensité, soulignée du côté cireux de l'arôme de la fleur naturelle.

Et voilà qui caractérise toute la composition de Lily & Spice: chacune des notes annoncées vient non pas se juxtaposer au parfum du lys, mais le nuancer de petites touches impressionnistes qui rendent l'illusion plus crédible encore. Ainsi, le safran annoncé ne joue pas les contrepoints, mais vient au contraire l'assombrir d'une tonalité veloutée-amère qui rappelle le pollen.

La fragrance évolue très peu sur la peau: le grand lys reste  y reste en pleine éclosion, la journée durant. À peine un murmure de girofle vient-il au fil du temps donner l'impression olfactive de s'enfoncer plus profond au cœur de la corolle, la suavité florale, douce et légèrement sucrée, s'accentuant plus nettement de pollen et d'une touche de sève.

Dans la dernière phase, Lily & Spice fait demi-tour sur la pointe des pieds; l'amertume se dissipe, pollen et corolle sont oubliés, ne reste plus sur la peau qu'un doux parfum de lys, fleuri et sucré, qui se teinte de menue vanille et s'allonge sur un lit de musc blanc léger.


D'après la prose officielle, Lily & Spice se voulait résolument sensuel, "hédoniste", avec des épices "charnelles"... mais sur la peau, il révèle un vrai soliflore de lys, linéaire, ni plus, ni moins épicé que la fleur naturelle. La note de lys claire, blanche et florale que l'on retrouve dans d'autres compositions est couverte ici d'une gaze tissée d'épices douces indistinctes, chaleureuses et légèrement sucrées qui l'assombrissent, le font se fondre à la peau en un voile délicatement sensuel, à l'excellente rémanence.
À mi-chemin entre la gaîté du lys clair et vanillé de Serge Lutens, et l'hyperréalisme de la fleur touchée d'embruns de Frédéric Malle, ce parfum en demi-teintes est tout entier une ode, enjôleuse, à la fleur des Madones.

   


Maison: Penhaligon's
Créateur: Mathilde Bijaoui
Année de création: 2006
Famille: floral
Disponible en Eau de Parfum, 50 ml (85 EUR) et 100 ml (110 EUR), en points de vente sélectionnés.  Une gamme de produits coordonnés est disponible.




Image: Penhaligon's; William Curtis - The Botanical Magazine (via Chest of Books)